Emile est né le 10 juillet 1892 à Combourg, il est donc de la classe 1912.
Il se fait recenser à la mairie de Saint-Lô en décembre 1912 car il est employé à la pharmacie Hebert comme premier élève préparateur depuis octobre 1912. Début janvier, il a vérifié son inscription sur les listes communales puis il est convoqué pour le conseil de révision. Une large publicité est faite par voie d’affiches et de publications dans la presse locale. Dans certaines villes il y a même des associations qui préparent les futurs conscrits à leurs obligations militaires.
Cependant, Emile est en formation et son lieu de résidence légale est Combourg, ce qui fait qu’il est répertorié dans les tables des registres matricules de Combourg à la rubrique : « les jeunes hommes nés dans la subdivision et recensés ailleurs ».
Il doit effectuer sa « révision » du 23 au 27 mars 1913 en principe à Saint-Lô et non à Combourg or selon le carnet de comptes, ces cinq jours lui ont coûté très cher: 45,30 francs pour le séjour et 13,95 pour le retour, il note la dépense mais ne fait pas de commentaire. Cette somme est importante, et je ne m’explique pas le mot «retour» sauf à émettre l’hypothèse qu’il est allé à Combourg. Ce n’est pas l’habitude car en principe les autorités de sa résidence (Saint-Lô) transmettent les résultats médicaux et les décisions du conseil de révision (bon pour le service, ajourné, ou exempté) au préfet et au commandant de recrutement du bureau de son domicile d’origine.
Au conseil de révision, à Combourg, il est le numéro 84 de la liste du canton (rang d’inscription du conscrit sur la liste du recensement) parmi 136 jeunes hommes tous originaires de Combourg et des environs (Cuguen, Bonnemain, Meillac..) qui se présentent cette semaine de mars 1913. Le conseil réunit le préfet (ou son représentant), des conseillers généraux et d'arrondissement, des officiers, des médecins militaires, un intendant et le commandant du bureau de recrutement, en présence des maires de chaque commune.
Il est déclaré «bon pour le service armé de la classe 1912 de la subdivision de Saint-Malo », malgré sa petite taille 1,56m avec le numéro de matricule 1155.
Il est décrit ainsi :
« Cheveux blonds foncés
Yeux bleus clairs
Front moyen fuyant
Nez rectiligne petit
Visage long
1,56m
Degré d’instruction 3 »
Il reçoit en septembre son affectation et découvre alors la vie de caserne en octobre 1913.
En mars 1913, il retrouve au conseil de révision, trois amis identifiés grâce aux cartes postales : Jean Guilloux, deux homonymes le n°61 et le n°62, Louis Havenel n°64, et Emmanuel Petitpas n°111. Ces trois gars figurent probablement sur la photographie sans que rien ne puisse fermement les identifier. J’ai éliminé un des deux Jean Guilloux le numéro 61, cultivateur né à Cugnen. Le Guilloux dont il est question ne peut être que celui né à Combourg le 15 septembre 1892, mécanicien qui probablement travaille au bourg où Emile a commencé son apprentissage de préparateur chez Parent le pharmacien. (Degré d’instruction 2 matricule 1134). Les deux autres sur la photographie peuvent être: Mazurier Pierre, bourrelier (n°101) comme Petitpas ou un des deux cantonniers de Combourg, Bessin Emmanuel (n°7, 1082) ou Duclos Joseph (n° 42, 1115) puisque le père d’Emile était aussi cantonnier. (Hypothèse purement gratuite).
A l’issue du conseil de révision, les conscrits se font photographier. A la sortie de la mairie, généralement on peut acheter des souvenirs: coiffes de conscrits, cocardes, épinglettes. Un photographe ambulant ou sédentaire ayant pignon sur rue, les cueille à la sortie et immortalise ce jour.
Emile est au centre de la photographie et porte le drapeau (probablement fourni par le photographe), il a 20 ans et 9 mois. Lui et les 5 autres garçons sont bons pour le service.
La semaine au conseil est une semaine importante comme on peut le voir sur la photographie, il s’agit de se montrer sous son meilleur jour devant les autorités réunies.
Ils sont tous très bien habillés, veston, cravate, col, gilet. Deux ont un noeud papillon. Emile est habillé de neuf.
Le 3 mars il a acheté un complet veston pour 59 francs, c’est le cinquième depuis qu’il travaille (1909), un par an, celui de 1913 est le plus onéreux, deux fois plus cher que celui de 1909, et 10 francs de plus que ceux des autres années, il ne donne pas la marque. Le complet est un vêtement masculin composé d’une veste ou veston, d’un pantalon et parfois d’un gilet. Toute sa vie, Pépé portera un complet veston avec le gilet.
Il renouvelle ses bottines également chaque année, celle de 1913 coûtent 21,95 francs.
Le 21 mars il a fait réparer son pardessus ( (2,25 francs) acquis en 1911 de la marque Nonet. Nonet est une manufacture française de fourrures de Saint-Lô crée en 1903 par monsieur Nonet-Raisin rue Torteron, elle est détruite par les bombardements en juin 44 .
Le 23 mars il achète enfin un chapeau castor pour 6 francs. A ce prix je doute fort que le feutre eut été en poil de castor comme ça se faisait au XIXème siècle.
Les sous-vêtements sont en flanelle et la chemise, sans col, en coton. La chemise étant à l’origine un vêtement du dessous, elle se lave moins et on peut en posséder moins. On n’entretient que le col, au départ col officier au XIXème siècle puis col rabattu avec les premières chemises boutonnées. La chemise est blanche, signe distinctif de l’homme de goût, une marque de distinction sociale, une marque de respectabilité. La couleur est réservée pour le sport.
L’invention du col détaché permet de laver le col avant la chemise qui reste propre plus longtemps notamment pour l'employé de bureau ou le préparateur en pharmacie. Le col amovible est l'invention américaine d’une ménagère du début du 19ème siècle. Les premiers cols sont en coton, en papier ou en lin amidonné comme ceux d’Emile. Très vite, il achète des cols en celluloïd, la matière plastique est intercalée avec le tissu afin que le col soit bien rigide et facile à laver.
La matière celluloïd a été inventée en 1870 aux EU par les frères Hyatt et brevetée en 1871 pour l’usage des prothèses dentaires, matière composée de nitrate de cellulose et de camphre, toute première matière plastique (1856).
Les cinq garçons affublés de nombreux attributs de conscrits, la coiffe, l’épinglette à la boutonnière et le drapeau, prennent la pose devant une petite table où l’on peut voir deux bouteilles de vin derrière l’ardoise qui indique la classe et des petits verres pleins.
Il est le numéro 1155 au registre matricule du recrutement. Son grade est soldat de deuxième classe à l’époque de la libération du service actif qui aurait dû durer deux ans! Mais le 2 août il est mobilisé à la classe 1908 selon le fascicule de mobilisation et affecté en tant qu’aide pharmacien dans une section d’infirmiers militaires dont la première mention qui figure dans le registre matricule est la 2ème section d’infirmiers militaires (SIM) localisée à Amiens, le 1er novembre 1914 ( Instruction melle div du 29 septembre 1888) Amiens. Fleury-devant-Douaumont en 1916
Emile reste sous les drapeaux, 5 ans et dix mois, jusqu’au 29 août 1919.

Génial ! Du coup on attend le récit de sa guerre !
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