mercredi 5 mai 2021

Tristes grossesses

Tristes grossesses (l'affaire des époux Bac, 1953-1956) de Danièle Voldman et Annette Wiervorka est un remarquable livre d'histoire qui m'a terriblement intéressée mais je me demande s'il pourrait être apprécié par des lecteurs non spécialistes ? 



Les auteurs racontent comment un fait divers a pu être à l'origine de la création du planning familial appelé alors la Maternité heureuse et comment il a pu être un point de départ dans la lutte pour la suppression de la loi de 1920 qui interdisait la contraception et sa promotion! 

Il rend hommage aux femmes et aux hommes à l'origine du combat: Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé notamment, gynécologue qui intervient dans le procès des époux Bac. Elle sut bouleverser l'opinion concernant les souffrances des femmes. 

L'abrogation de la loi de 1920 a rencontré l'opposition farouche des catholiques et des communistes dont le parti à l'assemblée nationale est alors puissant, ils y voyaient une lutte petite bourgeoise, destinée à aliéner une fois de plus la classe ouvrière. La loi Neuwirt n'est votée qu'en 1967, la loi sur l'IVG en 1975. 

L'accès à la pilule contraceptive fut une véritable libération pour les femmes. Et l'on faisait fi (aujourd'hui encore) des risques de tromboses qui font pousser des cris d'orfraies aux anti-vaccins. 

Dans les années 60, certains médecins conscients des difficultés des femmes qui enchaînaient grossesse sur grossesse se la procuraient et les donnaient aux patientes les plus fertiles de leur clientèle afin de leur éviter des avortements dangereux. J'ai toujours entendu dire par ma belle-mère qu'avec la pilule elle avait cessé d'avoir peur, elle qui a enquillé à partir de 19 ans trois grossesses successives. "Une goutte suffit" disait-elle à l'encan! Je supposais alors que la méthode Ogino et le coït interrompu n'avaient pas été efficaces.

Par contre je ne sais pas comment ma mère et mon père ont fait pour attendre 5 ans avant d'avoir un premier enfant et s'être ensuite arrêtés au deuxième! Il semblerait que mon grand-père, préparateur en pharmacie, ait pourvu mon père en préservatifs selon ma mère.  Elle y voit encore une trahison masculine puisqu'elle était en désir d'enfants! En gros je suis née parce que ma mère a "attrapé mon père" et mon frère "par accident"!  

Le livre est intéressant concernant les années 50, Paris et ses quartiers populaires et découvrir l'émergence du combat pour une maternité désirée et heureuse. 



mardi 20 avril 2021

Cantal, j'adore!

Oyez, oyez braves gens, j'ai découvert le Cantal, ses vaches, ses fromages, ses volcans et ses rats taupiers. 

Le Puy Mary


Le campagnol terrestre (avicola terrestris) ou rat taupier aime aussi le Cantal! Ces bestioles sont probablement plus nombreuses que les vaches! On ne les voit jamais mais on les devine aux monticules de terre qui jalonnent le territoire. Avec les bouses de vaches séchées qui témoignent  de la présence des bovins dans les estives et sur les grands plateaux volcaniques, à la belle saison, les champs, les chemins sont pavés de petits tas  et de longues traînées de terre retournées. 

Plus grand que la taupe (entre 12 et 20 cm sans la queue) le rat taupier laboure littéralement les champs, creusant de longs sillons dans les prairies, les chemins, les jardins et réussit l'exploit de se glisser entre les dalles de pierre des terrasses les plus solides! Armé de redoutables  canines, il creuse ses galeries avec les dents et bouffe toutes les racines qu'il trouve, arbres, navets, poireaux, arbrisseaux, buissons, carottes, bulbes. Il se reproduit comme un lapin, en quatre à six portées par an de cinq à six petits (36 bestioles nuisibles par couple!). Loups, lynx, belettes,  putois, renards et rapaces sont les prédateurs naturels du rat taupier. Les deux derniers sont heureusement nombreux en Cantal, le milan noir ou le milan royal tourne inlassablement au dessus des prés tandis que le renard, gras comme un loukoum, au point d'être indifférent aux randonneurs, profite visiblement de ces rongeurs qui pullulent. 





Comme le rat-taupier, ce nuisible qui y a visiblement élu domicile par amour pour les grasses prairies, j'adore le Cantal. Mon séjour,  fin mars,  à Dienne, fut une révélation! 

Du Massif Central je ne connaissais que la station de ski du Puy de Sancy (il y a 25 ans), la cathédrale de Clermont-Ferrand et le Puy de Dôme, Vic-sur-Cère et le viaduc de Garabit! Damned! 

Mais le Massif Central, c'est grand, c'est beau, c'est sauvage, c'est peinard, c'est extra! 

Envoyées boulées par Volotea pour un vol à destination des Canaries, à deux reprises, nous avons jeté notre dévolu sur le Cantal! En cette période de Covid, c'est tendance, à tel point, qu'il faut se lever tôt afin de trouver une location à des prix abordables pendant la haute saison! 

De Bretagne, c'est la porte à côté! 8h d'autoroutes, une trentaine de kilomètres avant d'aborder les choses sérieuses -la moyenne montagne- quitter le monde des bagnoles, de la ville et du bruit. 

J'ai aimé :

- les paysages sublimes et désertiques, le Limon, vaste plateau d'où l'on aperçoit le Mont-Dore, le sommet enneigé du Puy Mary et téton de Vénus, les vallées jardinées et la vue des crêtes qui donne cette impression de haute montagne.

- les chemins de randonnées bien balisés, relativement faciles pour qui connaît les rudes grimpettes de l'Ariège. 

- la quiétude du petit matin frais avec vue sur les sommet de la fenêtre de ma chambre, le retour du soir et la petite bière qui va bien

- les villages propres et cossus, aux maisons rénovées, généralement bien situés sur les pentes entre estives et vallées

- les plats typiques, le pounty, la truffade, le Cantal, le Salers, la bière locale et même du vin d'Auvergne! 

- cette sensation de dépaysement et de tranquillité loin des foules

A suivre, dans le prochain billet, (ou pas) nos plus belles randonnées. 

PS.  Il a fait un temps magnifique ce qui, indéniablement, rend le séjour idyllique! 


Le Limon


jeudi 15 avril 2021

Ivo&Jorge de Patrick Rotman

J'ai lu Ivo & Jorge de Patrick Rotman après avoir entendu l'auteur interviewé dans l'excellente émission 28 minutes d'Arte!  



Le propos est ambitieux, mettre en parallèle la vie politique de Montand et Jorge Semprun, mais, difficile. Rotman s'en tire bien même si le plan qui, inévitablement alterne tantôt Montand, tantôt Semprun, reste simpliste et parfois lassant! Pour qui ne connaît ni l'un ni l'autre, le récit est passionnant puisqu'il nous plonge dans "les grandeurs et les désillusions d'une génération marquée au fer rouge par l'aspiration messianique du communisme" (je cite la quatrième de couverture). 

Rotman éclaire parfaitement comment l'un traverse la guerre par exemple, sans rien voir et l'autre s'engage en résistance, comment les deux adhèrent aux idées communistes dans une pratique totalement opposée! 

Il s'agit d'un grand balayage de l'histoire de la seconde partie du XXème siècle, plaisant à lire, bien écrit. L'auteur a bien connu les protagonistes, on peut lui faire confiance! On imagine sans problème les spectacles de Montand, on visualise ses rôles, les personnages célèbres à son côté se bousculent, on déambule en leurs compagnies dans les rues de Madrid, celles de Marseille, à Paris ou à Bayonne.  

Cependant n'ayant rien lu concernant Montand, connaissant Semprun à travers ses ouvrages, je me demande si ce livre, baptisé roman ce qui permet d'éviter de citer les sources (ce qui me manque beaucoup) est d'un quelconque intérêt autre qu'anecdotique? 

Je vais relire le grand voyage de Jorge Semprun qui lorsque je l'ai lu m'avait particulièrement passionnée! 

jeudi 8 avril 2021

Envoyer du rêve ou écrire pour ne rien dire!

J'aime de moins en moins Ouest-France qui depuis un an, plonge dans la paresse, le lénifiant, le vide et le ridicule! 



Pourtant, je pense que j'aurais du mal à m'en passer puisque chaque matin j'espère, en le lisant (feuilletant), me nourrir d'originalité, d'articles au contenu intelligent et développé, de récits profonds concernant ma commune et les communes voisines! 

Visiblement il y a les correspondants paresseux qui n'ont rien à dire. Sans doute est-ce le cas de la petite ville où j'habite, l'espace qui lui est consacrée ne cesse, de mois en mois, de diminuer, à moins, qu'il ne s'y passe plus rien! On n'y joue plus à la pétanque, Robert ne sort plus sur son rafiot pour tâter du maquereau, Médor ne dépose plus ses crottes sur le trottoir près du bar de l'océan, la plage est propre, les lycéens confinés, la mairie en berne, les entreprises sous respirateur, bref, tout le monde se terre et se tait! Notre correspondant reste au chaud, au lit! Ce n'est pas le cas de celle ou celui de Quimperlé, qui communique à tout va sur l'état des bacs à fleur, de l'horloge des halles, de la crue de la Laïta, du miroir d'eau qui s'allume chaque soir en reflétant le quai Brizeux, de la restauration du Rond-point Tartenpion!

La palme peut assurément être décernée aujourd'hui à celui ou celle de Scaër (il est probable que ça soit le/la même qui officie à Quimperlé). Coûte que coûte, pour motiver les abonnés, soutenir le suspens matinal, faire qu'on achète le canard même quand on en n'a plus envie, il convient de pondre un article! Le grattage de la grille-loto ne suffit pas, visiblement, à conserver les lecteurs. 

Ainsi donc on apprend que Scaër est la plus grande commune du Finistère et qu'à ce titre, le rayon d'action pendant le confinement, limité à 10km, empêche tonton Bernard de se rendre à la ferme du Cleuziou pour acheter sa douzaine d'oeufs! C'est ballot!  La commune qui s'enorgueillit d'offrir aux touristes le charme des talus et des taillis ainsi que l'accès aux plus belles plages de Moëlan-sur-Mer découvre soudain qu'elle est loin de tout et que ses habitants sont perdus (surtout lorsqu'on déplace les pancartes)!

La ou le journaliste m'a pourtant tenue en haleine jusqu'au bout de son article, je m'attendais à ce qu'il appelle les lecteurs et les habitants à la révolte, qu'il fasse son activiste fielleux comme sur les chaînes d'actualités en boucle! Que nenni, l'article est informatif, Scaër est une commune rurale étendue. Tellement étendue que l'auteur finit pas se perdre! 

Sans doute a-t-il oublié de se relire car la fin de son dernier paragraphe est à se tordre de rire! Comme souligne un ami mien à qui j'envoie régulièrement ces perles journalistiques "il a dû rater pas mal d'ateliers d'écriture" .. 

C'est pour cela que je lis Ouest-France, pour rire! Et j'avoue que chaque jour, je suis gâtée, vraiment! 


mardi 23 mars 2021

Mes années chinoises Annette Wiervorka

 Je recommande la lecture du livre d'Annette Wiervorka, mes années chinoises, Stock 2021, 257 pages, collection puissance des femmes. 



L'auteur raconte son séjour en Chine de 1974 à 1976, ce qui l'a conduit là-bas et les conséquences de cette expérience. 

Je ne comprends pas bien  le pourquoi de la collection de Laure Adler, ni  en quoi l'ouvrage d'Annette Wiervorka y trouve une place, mais je salue la qualité de la publication, papiers, impressions et couvertures. 

Pourquoi j'ai aimé ? 

Le récit est subtil, il raconte avec pudeur la vie, les idées politiques  d'une jeune femme qui a 20 ans en 68 à Paris, et l'histoire des jeunes maoïstes engagés dans le combat politique. 

Cependant on y cherche comment des jeunes gens, intelligents, éduqués, aient pu accepter sans esprit critique cette idéologie totalitaire? Comment,  une fois installés en Chine, surveillés, contrôlés, encadrés, limités dans leur déplacement, "enfermés dans leur hôtel, dans leur maisonnette", suivis en permanence par leur traducteur, manipulés, contraints à écouter pendant des heures des discours en langue de bois, spectateurs de la misère, acceptant que leur enfant de 5 ans soit embrigadé, aient pu supporter cette vie aussi longtemps? Quel processus psychologique est-il en oeuvre dans cette aliénation? 

J'ai dévoré ce livre, relu certains passages mais je me suis perdue un peu dans les dates qui concernent pourtant un temps très court de la vie de l'auteur,  en gros de 1968 à 1976. Que dire alors des lecteurs qui ignorent tout de l'histoire chinoise au XXème siècle! 

Il y a quelques années, j'avais dévoré toute la littérature chinoise à ma portée, j'étais particulièrement fascinée par les romans concernant le grand bond en avant ou la révolution culturelle (Balzac et la petite tailleuse chinoise de Daï Sijie et son plus récent l'évangile selon Yong Chen), cherchant ce qui avait pu les aider à tenir. Annette Wiervorka m'a donné envie de poursuivre ma recherche et de lire les nombreux auteurs qu'elle évoque. 

Enfin il ne faut pas perdre de vue qu'Annette Wiervorka est devenue, après cette expérience qu'elle a longtemps gardée enfouie, une très grande spécialiste de la Shoah. Elle appartient à la génération née après, et l'expérience chinoise totalitaire, dépassée au retour et oubliée, aurait mérité un dévoilement psychologique plus approfondi afin que l'on puisse comprendre cet engagement absurde. 

lundi 8 mars 2021

Bernard G. professeur!

Bernard est mort, j’aimais bien ce type! 

Quand j'ai vu son nom dans la rubrique des obsèques du Ouest-France, j'ai immédiatement pensé au théâtre de la Huchette qu'il m’a fait découvrir et à son humour très doux, étayé par un rire éclatant. 

Avec lui, j'ai organisé mon premier voyage scolaire à Paris dans mon lycée breton, avec des élèves très attachés à leur rocher, façon berniques. On était allé voir La leçon d'Eugène Ionesco, qui le faisait beaucoup rire, spectacle qui fut une révélation pour moi. 

J'ai toujours admiré sa constance. Il se levait très tôt le matin, pour venir au bahut, après une bonne heure de trajet! Il passait beaucoup de temps à corriger des copies disant que c’était l’essence et l’essentiel de son métier si on voulait que les élèves progressent. 

Bernard était réellement toujours d’égale humeur, sans un mot plus haut que l’autre, consensuel, liant, apaisant. Il ne manquait aucune récréation où il arrivait le sourire aux lèvres. Il avait un côté vieux beau, ancien jeune premier, il conservait une  mèche grise qui lui balayait le front. 

Je me souviens d'un discours d’adieu hilarant pour un professeur de lettres classiques, dans un sabir mêlé de mots grecs et latins, un délice d’humour. 

Bref, il faisait partie de la clique des vieux professeurs hommes bourrus et impolis que j’ai connus en arrivant au lycée et assurément il était le moins sexiste. Les autres ne me disaient pas bonjour, ils se sont réveillés à la lecture de mon grade! 

Il fumait beaucoup, à cette époque où c’était encore permis de tirer sur sa clope en cours ou en salle des profs, de la vieille clope brune, puante, qui jaunissait les doigts et les dents, je me demande s’il ne puait pas un peu du bec ? En tout cas j’étais fascinée par se dents pourries et jaunies qui entâchaient grandement le charme qu'il avait dû afficher dans sa jeunesse. Je me demandais comment il pouvait supporter cette image, persuadée que la mutuelle de l’éducation nationale réparait sans compter les ratiches des profs afin qu’ils offrent à leur public un sourire du plus bel effet. 

Je pense qu’il est parti en retraite, malade et fatigué … Il meurt jeune, 77 ans . 

Je ne sais pas vers qui me tourner pour partager ma peine bien que je ne l’ai vraiment jamais fréquenté en dehors du lycée . Sa mort me rappelle à quel point, passé un certain âge notre existence devient fragile, la machine se déglingue. 
Amis lecteurs (qui êtes peu nombreux), n’attendez pas la retraite pour faire ce que vous voulez, profitez-en tout de suite! Après 60 ans, c’est le début de la fin! 


jeudi 18 février 2021

Garçon manqué

Etre un garçon manqué est une qualification qui m'a toujours interpellée. Petite, j'en tirai une certaine fierté me permettant d'accepter mes cheveux ultra courts. 

Ma mère m'avait elle fait couper les cheveux parce que j'étais un garçon manqué

Collection personnelle




C'est ce que j'aimais penser mais je savais bien, qu'au fond, elle ne supportait plus de me coiffer. Mes cheveux frisaient finement, chaque matin, les démêler était une torture à laquelle elle s'attelait avec énervement. Elle utilisait un peigne très fin, le sien, je hurlais tellement elle me faisait mal, et hurler en principe, il n'en était pas question!  Elle me houspillait et continuait de plus belle!  Elle coiffait et réalisait un  chignon sur le dessus du crâne. Elle  maintenait avec une multitude d'épingles, un truc façon boudin qui devait tenir la journée ... Je sens encore la pression des épingles qui rapaient le cuir chevelu. 

Elle n'arrivait pas vraiment à enlever les noeuds  qu'elle appelait joliment "nids de souris". Ils se formaient dans le bas du crâne pendant la nuit, de temps en temps elle les coupait aux ciseaux. J'ai donc longtemps cru que la souris ne se contentait pas de venir chercher les dents (rituel qui a vite agacé ma mère) mais qu'elle profitait de la nuit pour s'installer, peinarde, dans mes cheveux. Pourtant je trouvais ridicule la boule de poils que ma mère exhibait façon trophée et me demandait bien comment la bestiole avait pu en faire un nid!  

Un matin, je suis sortie de chez le coiffeur la boule à zéro, enfin presque, avec 1cm sur le caillou pas plus.  Je ne me souviens ni du coiffeur et ni de la coupe! Uniquement de l'après! J'ai le vague souvenir d'avoir eu froid à la tête, de la sentir légère et nue. Je venais aussi de perdre 5 centimètres de chignon, et le surnom "bout de zan" dont ma mère m'affublait, n'en était que plus vrai. Moi brune et petite, mon frère blond et aussi grand que moi alors qu'il avait 3 ans de moins! C'était raide! 

J'avais tout du garçon manqué comme le disait ma mère mais je ne voyais vraiment pas ce que j'avais manqué, ces deux mots moches, obscurs et crétins me rabaissaient, parce qu'être un garçon c'était chouette visiblement, mais toute de suite après, le mot "manqué" me ramenait à pire que ma condition de fille! Je n'étais plus une fille, et même pas un garçon! Rien! 

Je comprenais bien que je me comportais comme un garçon, culottes courtes et course poursuite dans la campagne, grimper aux arbres, se balancer très haut, jouer aux cow-boys et être Zorro mais manqué en quoi? Raté? 

Raté? Un peu puisqu'aux dires de ma mère, je n'aurais pas dû naître, mon père ne voulait pas d'enfants, et en plus j'étais une fille, pas de bol! De fille, il y avait déjà ma cousine avec laquelle mon père avait jouée lorsqu'elle était petite ... Je constatais qu'il ne jouait pas avec moi, j'avais bien manqué le coche! Doublement après la naissance de mon frère puisque lui, désiré, était un vrai garçon! 

Bref, dans ma tête tout cela était bien confus, je pense me souvenir que je trouvais l'expression inutile, à dire vrai, puisque je me sentais "moi",  ni fille ni garçon puisque je ne voyais pas encore, en habitant à la campagne, ce qu'il pouvait y avoir d'avantages à être un garçon. Je n'enviais pas vraiment mon frère qui prenait des "volées", drôle de mot pour dire fessées ou volées de coups de martinet! 

Je n'aime pas dire aujourd'hui que j'étais ou qu'on me voyait comme un garçon manqué parce que, même si à l'époque j'en tirai parfois gloire, au fond de moi, il y a ce sentiment de ratage. Certes le dire pourrait souligner que je n'étais pas une chochotte, une fille qui joue à la poupée tranquillement, attifée de robes fragiles, une fille qui ne supporte pas d'aller courir dans les chemins creux, une fille en tout point conforme à l'idée qu'on s'en fait .... Mais j'ai l'impression d'offenser mon sexe, mes soeurs qui n'ont pas eu le choix de leurs jeux et de leur enfance.  


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