mardi 18 juin 2019

Envie d'îles, Belle-île en mer

Week-end à Belle-île , façon Vincent, François, Paul et les autres ! 

Belle-île en mer, la bien nommée se mérite, pas de pont qui la relie au continent mais un ballet de ferries exécuté par la compagnie océane entre Le Palais et Quiberon. Au couleur de la Bretagne, les bateaux emmènent leur palanquée de touristes et de résidents à condition qu'aucune tempête ne vienne perturber leur rotation. Miguel fut fidèle à sa réputation, les traversées furent stoppées le temps de laisser passer l'ouragan peu favorable à un arrimage à quai. 
Les passagers se sont massés après 20h entre bagages, poussettes et sacs à vomi! 
L'île n'avait pas bougé, mais nous étions déjà ailleurs! 
Du film Des films de Claude Sautet, je ne garde que l'amitié qui lie les personnages, la chaleur tendre d'une joyeuse bande dans une maison sur la plage qui me faisait rêver. Ainsi, je confonds le rôle de Montand dans César et Rosaliescrutant la mer sur la dune d'Ars en Ré, tandis que Romy Schneider, rayonnante, vient vers lui  au personnage qu'il interprète dans  Vincent, François Paul et les autres, une belle histoire sans drame amoureux. Je mélange les souvenirs du vent, des rires, des galopades, de la mer et du sable, une ambiance douce, amicale et chaleureuse comme ce week-end de Pentecôte que j'ai passé à Belle-île. 

Partir, même peu de temps, vous coupe du réel et du quotidien, partir sur une île plus encore, surtout lorsque l'accueil est inoubliable.

Je n'ai plus peur des îles! Je n'ai plus l'angoisse de m'y sentir enfermée, j'accepte l'idée de ne pas avoir de bateaux pour rentrer, d'être Robinson au milieu de nulle part,  j'en rajoute, je le concède, car Belle-île, à 45 minutes du continent, est habitée toute l'année.

J'ai même envie d'îles! 
Belle-île en mer fait partie des élues. Les paysages et le sentier côtier sont sublimes: à l'ouest, la lande sauvage battue par les vents, des falaises vertigineuses ; à l'est, la quiétude des feuillus et des fougères, la douceur du soleil au petit matin, la mollesse du littoral, cerné par le bleu azur de l'océan. 
Les villages se nichent le long des rias, tournés vers le continent qui nous envie le beau temps. 

Le week-end fut un festival de bons mots et de blagues potaches, de rigolades et de kilomètres à l'arrachée, le tout frisant parfois le pipi-caca-popo... On ne se refait pas et cela fait toujours rire. 
Pot pourri impossible à retranscrire tant il dépend du contexte et du déroulé des jours et des nuits. 

Jour 1
8h du matin, Lo met la radio à fond et vide le lave-vaisselle en passant un coup d'éponge sur la table du petit déjeuner
8h Y. part courir discrètement
8h les filles en bas font la sourde oreille, pas un bruit 
8h15 C. se lève, avec Lo, elles braillent dans la cuisine
8h45 Y. revient suant et rouge, Lo lui conseille discrètement  d'aller laver sa nouille. (...) 
9h les derniers  arrivent pour le petit déjeuner, ballet de tartines de pain grillé, la cafetière est chaude et pleine mais l'eau n'a pas été mise dans le réservoir, il faut encore attendre une plombe avant d'avoir le café salvateur. Y. boit son chocolat comme tous les matins que dieu fait. Lo fait les dernières crêpes en nettoyant le plan de travail. 
9h 45 on prépare le pique-nique, G. porte tout dans sa glacière, les salades, le pain et ses deux litres d'eau. Nous sommes prudents, Belle-île est une île bretonne sujette à la pluie, Val prend son ciré: "mais il ne pleuvra peut-être pas"
10h 30 on se "pouitche" à six dans la kangou, direction le chemin côtier, "tout droit à gauche, tout droit à droite"..."oh un faisan!" "nan mais regarde la route!"
10h45 caca, on cherche la planque idéale, l'impétrant s'éloigne discrètement, on klaxonne on hurle que des cyclistes arrivent. Coup de bol, les vociférations ne le stoppent pas dans son plaisir défécatoire. Y. y va de sa blague scato que la décence m'interdit de reporter ici.
12h30, on a péniblement fait 4.5km à pied, le chemin monte et descend, on prend des photos "c'est beau, c'est calme" ...On ne croise quasiment personne!
13h pique-nique au soleil sur la plage, mais pas de bain, la mer est glaciale, un petit 13° au compteur. G. nous raconte ses souvenirs de jeunesse quand il allait jouer à la pétanque dans les allées du bois de Vincennes et mater la grosse Lulu, elle suçait les clients qui pointaient entre deux chantiers, "elle avait des seins plus gros qu'un saladier et nous demandait régulièrement de jeter le cochonnet de l'autre côté du fourré ... " (Vous apprécierez je l'espère le vocabulaire subliminal) ..
13h25 inquiétude pour le dessert du soir.  "Qui a pensé au dessert ce soir?  Y aura-t-il assez de pain? où achète-t-on du pain ?"
13h30 il n'y a plus de salade, nous somme repus. Petite sieste à l'abri du vent.
15h29 11 km
15h30, I. revendique le droit à la pause sur la plage ensoleillée, cinq sur six s'endorment comme des bienheureux. 
17h retour voiture, 13 km sonnant et trébuchant (en cumulé, 19km). 
17h15 bière sur le port de Sauzon, au bar le tilleul, face à la mer. "Au fait, y a quoi comme dessert ce soir?" et "la mayo qui fait la mayo? Y a de quoi faire la mayo? Nan ça sera pain beurre, le beurre sublime la langoustine." 
18h douche 
19h30 américano à l'apéro, les festivités commencent: langoustines, karaoké, braillage, rigolade 
Minuit c'est fini, on va mettre la viande dans le torchon, repus. 

Jour 2. Idem
9h V. ne prend pas son ciré, il ne pleuvra pas
15h il pleut de cordes
16h on se réfugie au Palais pour boire un chocolat chaud 

Jour 3
Idem
8h Lo est déjà au ménage, elle époussette les bibelots
8h30 ballet de tartines grillées
9h C. est enfin à la plonge 
9h05 la cheminée est vidée de ses cendres
9h15 les bagages et le pique-nique sont prêts. G. a rempli sa glacière. Il fait grand beau, balade face au continent où les nuages noirs s'accumulent. 
12h bain, elle est bonne!
12h10 sardines à l'huile et kouign aman 
15h verre de rosé sur la terrasse pour finir la bouteille, on cuit, il pleut à terre. 
17h bateau 
18h bus pour Plouharnel où nous avons laissé les voitures, la presqu'île se vide lentement de ses touristes. 
20h moins 10 ° c'est l'hiver, on pèle . 
22h au lit, j'ai passé un excellent week-end ..




vendredi 10 mai 2019

Les sandalettes

Je pense déprimer un peu! D'habitude, mai est le mois des premières chaleurs, le mois où l'on peut enfin abandonner le pull, la doudoune, le kabig, les chaussettes et envisager les sandalettes

Quand j'étais petite, ma mère décidait un jour, - pour une raison connue d'elle seule -, qu'il était temps de troquer la blouse contre le tablier, le pantalon ou les collants de laine contre le short, les brodequins contre les sandalettes! Exit les vêtements d'hiver, ils disparaissaient de ma vue, sans doute enfouis dans la naphtaline des armoires. 
Le seul lainage autorisé, en cas de retour de la  froidure, restait le gilet bleu marine - et encore fallait-il que ma mère ait froid! Je crois me souvenir que je possédais un capuchon, cape à capuche, sans manche, en toile cirée, à tout petits pois noirs sur fond blanc!
Les petites jambes maigrelettes prenaient alors une jolie teinte bronzée, un temps marquée par la rayure des soquettes qui, dans les sandalettes, assuraient la transition avant le règne des pieds nus! Les genoux apparaissaient gros, osseux, fragiles, ils passaient tout l'été scarifiés par les chutes! Une croute remplaçait une autre croute à peine séchée! Lorsque la blessure s'avérait grave, ma mère désinfectait à l'alcool à 90 qu'elle  a fini par troquer, sur le tard, par de l'eau oxygénée. Elle était réticente au changement,  persuadée  que l'eau ne prévenait pas vraiment le risque de tétanos, le mal de chien ressenti devait garantir une efficacité totale pour lutter contre les microbes! On était ainsi doublement puni pour être tombé! 
Elle badigeonnait ensuite la plaie avec un tampon de coton imbibé  de mercurochrome qui laissait des pluches sur la blessure! Exceptionnellement le genou finissait étiqueté d'un bout de sparadrap qu'il fallait garder peu de temps afin que l'écorchure sèche! La nuit, le pyjama collait, le matin d'un coup sec, le genou saignait à nouveau! Parfois il pouvait rester un petit morceau de caillou noir, incrusté sous la peau que le pus évacuait finalement. Je garde de belles cicatrices toutes roses sur peau lisse, sous la rotule. 

Mais, j'aimais par dessus tout, chausser les sandalettes! C'est de là, je pense que vient mon addiction aux chaussures, les brodequins ne me faisaient pas rêver! Les sandalettes oui! 
Elles étaient blanches à lanières très fines, l'une d'entre elles, tenait les orteils, les deux autres se croisaient sur le dessus du pied, la dernière les reliait  et passait derrière le talon, elle  s'attachait sur  les côtés à l'aide d' une petite boucle dorée. L'intérieur de la semelle de cuir était brun clair au début de l'été, sombre et patiné en septembre, la semelle en contact avec le sol était devenue presque gris clair, piquetée de minuscules traces de gravillons, j'en surveillais l'usure et priais pour les garder le plus longtemps possible. En général, je les portais neuves, un peu grande pour qu'elles durent deux saisons! Elles conféraient élégance et agilité, légèreté et liberté des pieds et des doigts de pieds. Il me semblait courir plus vite et grimper aux arbres plus facilement. Par pudeur, je n'évoquerai pas l'hygiène douteuse en fin de semaine! 
Les sandalettes se mariaient avec les verts du bocage piqueté de coquelicots, les marguerites à profusion, les renoncules, les fougères du mur, les grandes herbes des fossés, le goudron de la cour, le granite des marches sur lesquelles je m'asseyais, dans le parfum des roses  trémières qui ployaient sous le poids des fleurs au dessus de la porte d'entrée. La semelle se faisait légère et douce sur le plancher des salles de classe, noir et huileux, elles donnaient le sentiment de caresser les repose-pied des tables d'écolier.  
Avec les sandalettes, on goûtait de pain beurre+fraises+sucre ,  coupées en petits dés; les fenêtres restaient grandes ouvertes, les grillons ne se taisaient qu'au soir, pris en relais par les martinets, la poussière vibrait dans les rayons du soleil. Par grande chaleur, ma mère sortait une énorme bassine d'eau, où l'on barbotait. 
On troquait les sandalettes pour des tongs, le temps de la plage en Bretagne ce qui permettait de les économiser. 
Je ne les ai jamais retrouvées ces sandalettes de mon enfance! En ce mois tout pourri, elles pourraient combler ma légère déprime!  

lundi 22 avril 2019

Vélo Raid Breizh

Expérience sportive, le Vélo Raid Breizh ...d'une novice de la pédale!
Plage de Sainte-Marine après la pointe de Combrit

J-5, Vélo récupéré, neuf.
J-4, ultimes réglages du vélo par le professionnel, il a changé le cintre du guidon, n'ayant pas sous la main une potence plus longue (comme je me la pète en technique depuis que je pédale!).
J-3, 30 km  afin de tester la bécane mais sans les sacoches (oubliées à la maison). Très présomptueux de ma part puisque des sacoches peuvent déséquilibrer la monture. J'avoue ne pas les avoir senties pendant la durée du voyage, cela dit, je n'ai pas vraiment eu le temps de m'habituer au vélo sans sacoches (voir plus haut, vélo juste acheté).
J-1, marche rapide sous la pluie et par un froid de gueux...
Jour J, départ à 9h30, la météo indique que la pluie arrive à 14h à Bénodet ... Faut se magner!
Sacoches de la marque allemande, Vaude, imperméables, à moins de 2kg qui se clipsent sur le porte-bagage très facilement et s'enlèvent tout aussi aisément. Il est possible de les porter en bandoulière.
Gants spéciaux pour le vélo, rembourrés, avec les doigts qui sortent, utiles pour se gratter (le nez). Contrairement aux apparences, le rembourrage se met côté paumes.
Cuissards façon couche culotte mais discrets, cuissard mi-long en cette saison, le bout de mollet n'a jamais froid, et cuissard court pour les grosses chaleurs, on se sent alors pousser des ailes (le prendre de préférence qui ne serre pas la cuisse). Les purs et durs les portent sans slip! Je conseille, pour les dames, le slip en coton afin d'éviter la macération (conseil peu glamour mais utile).
Packtage.... 5,550kg pour 6 jours soit 7,5 kg au total et 3, 750 par sacoche! J'ai emporté un gilet en trop, je portais une veste windstopper (utile également l'hiver pour le ski) non imperméable qui permet l'évacuation de la sueur et un tee-shirt pour course à pied à manches longues ou courtes pour les grands chaleurs, le gilet reste superflu, le prévoir à portée de main, s'il fait très froid pendant les pique-niques afin  de ne pas se refroidir, on ne le salit donc pas... J'avais également une tenue pour le soir avec une paire de chaussures de "ville"! Les affaires de toilette tenaient dans un sac congélation. Je pense pouvoir optimiser le poids lors de mon prochain voyage, en randonnée à vélo ou à pied ou en séjour découverte (cf ici) ....

Objectif: la Pointe du Raz par la véloocéan (voie 5) et retour par une voie verte  jusqu'à Quimper avant de clore la boucle à Benodet... 

De la pointe du Raz à Douarnenez il n'y a plus aucun balisage, la véloocéan s'arrête, commencent alors  le monde de la bagnole, des gros cons qui vous rasent, klaxonnent quand ils vous doublent pour bien marquer leur impatience et vous faire un peu peur, des trottoirs, des pots d'échappement, des chemins de terre disparus absorbés par les agriculteurs ne supportant pas qu'on puisse passer en lisère de leur terre, en bref, des communes qui ignorent tout de la bicyclette et s'en contrefichent! Le seul plaisir est alors de les insulter en faisant des gestes obscènes (en espérant qu'ils ne s'arrêteront pas pour vous casser la figure).

Je recommande vivement l'expérience! Monter chaque matin sur la bicyclette constitue un réel plaisir, donne un sentiment de liberté et de tranquillité. J'avais toujours pensé que les voyageurs en bicyclette souffraient le martyre lorsque je les croisais, il n'en est rien. Certes la météo fut excellente, je n'ose imaginer ce que pourrait être de pédaler sous la pluie...
Les paysages bretons sont sublimes, la route longe la mer au plus près, elle passe près des chapelles, des fours à pain, des fermes dans leur jus, entre les champs (certes la saison des épandages battait son plein), entre les talus, sur les passes des marais. La plage n'est jamais loin pour un pique-nique ou un bain. Arriver dans les petites villes par les chemins de traverse permet de les découvrir sous un jour nouveau, au rythme du vélo. La marche permet une approche différente, plus lente. Grimper les côtes n'est pas un problème, il suffit d'y aller à son rythme. Il me reste à fignoler le passage des vitesses avec le pouce droit, il a, encore, deux jours après la fin du voyage,  quelques faiblesses!
Sur le chemin côtier, commune de Poullan-sur-mer

Poullan-sur-mer

Tréboul, Douarnenez

L'île Tristan, baie de Douarnenez 

Quelques coups de coeur (hébergement et restauration)
Les fous de bassans à Poullan-sur-mer
La voilerie à Penmarc'h
La buvette de Pors Theolen (mais méga côte à remonter)
L'hôtel de Cornouaille à Benodet pour sa piscine, son sauna et la qualité de l'accueil
Le café de la cale à  Sainte-Marine au petit matin
Le Chantier à Concarneau qui sert des huîtres à 15h face à la ville close et un dîner de produits de la mer ultra frais. 
L'arrivée des bateaux au Guilvinec à 17h
Découvrir Douarnenez et Tréboul par le chemin côtier, le matin, sous le soleil
La vue sur mer de la baie d'Audierne ou à Penmarc'h sous le phare d'Eckmühl. 
L'arrivée à la pointe du Raz par Plogoff 
Beg Meil et la plage de Kerambigorn 

Tout en fait ... #J'aimelabretagne

A éviter la voie verte entre Quimper et Pont-Labbé 


mercredi 27 mars 2019

Refocus en saxophone.

Hier soir je suis allée au spectacle, à Quimper, voir Refocus, Stan Getz, avec Sylvain Riflet et l'orchestre symphonique de Bretagne ... 
Sylvain Riflet 

Je vieillis! 
La salle était remplie de têtes blanches ou grises, de pépés et mémés à lunettes, de chaussures Méphisto  et de pantalons de velours maronnasse! Je me sentais hors du lot, en vain, je fais bien partie des mêmes cohortes: j'ai la peau qui pend, des tâches brunes sur les mains, une furieuse tendance à aimer les fringues qui libèrent le ventre et les lunettes de presbyte sur le nez .
Au milieu des croulants mélomanes, on comptait une petite centaine de collégiens boutonneux, sortis, eux, des fins fonds de la Bretagne - Pouldreuzic ou Pont-Labbé- contraints et forcés! On se demande bien pourquoi un tel spectacle est estampillé "scolaire"! 
Toujours est-il que ma soirée fut gâchée par un adolescent malade qui ne faisait que tousser en se contorsionnant afin de faire le moins de bruit possible. Quand il ne toussait pas, il parlait à son voisin d'une voix d'outre-tombe, il avait des difficultés à caser ses grandes quilles et donnait  des coups de genoux dans mon fauteuil
Même si mon nouveau moi (la gentille bien élevée qui en d'autres temps aurait lâché son venin)  lui a trouvé des excuses, j'ai bien failli arracher les yeux des responsables qui traînent vaille que vaille les crevards en sortie. 

La prestation était bien mais sans plus, gâchée par les postillons du saxophoniste  amplifiés par un micro de qualité! Dommage! Les musiciens en noirs ou gris, le front bas sur leur partition ne mettaient pas vraiment le feu et fermer les yeux amplifiait les quintes de toux de Kévin, Killian. 

Décidément, la saison 2019-2020 n'a pas la pêche des années passées, la scène nationale ne peut plus s'offrir de pointures et doit rechigner aux découvertes prometteuses, le résultat est qu'on s'y ennuie souvent, quand on ne dort pas à poings fermés .

jeudi 21 mars 2019

Sérotonine de Michel Houellebecq

Je recommande Sérotonine de Michel Houellebecq, pourtant je me pose la question de son utilité. 

En principe, j'abandonne très rapidement les livres qui me tombent des mains à la 50ème page et sur lesquels je m'endors très rapidement. Le petit roupillon me sert de doseur à critiques comme au théâtre (j'ai relu quelques critiques de pièces sur le blog, je crois bien avoir dormi à toutes les représentations).  
Houellebecq ne laisse pas indifférent, la curiosité pousse le lecteur à achever le roman, l'écriture ciselée, sans fioritures mais d'une incroyable précision et qualité d'évocation, intrigue, capte l'attention et l'intérêt. 
J'ai ri, un peu vomi en lisant les descriptions des scènes sexuelles concernant Yuzu, me suis un poil ennuyée sur la fin. J'ai apprécié les passages concernant les agriculteurs de Normandie, producteurs de lait, les descriptions comparées du camembert et du Livarot. J'ai bien imaginé les paysages normands, au point de vérifier sur google, les cartes et les lieux cités, de sentir la forêt et son humus, d'éprouver les brumes sur Carteret, la grisaille des tours de la banlieue parisienne, les odeurs de bistrot, l'étroitesse de la chambre du Mercure. 
Je dois avouer, comme le disait un client de ma librairie préférée, d'une voix sortie d'outre-tombe, abîmée par le tabac,  "le bougre il écrit bien" sans que je puisse dire en quoi ce livre est bien écrit! 
Par contre je me demande à quoi il sert, à quoi me sert-il? 
Houellebecq m'a fait abandonner les séries de canal, il est le premier livre que je lis en entier depuis Noël, si je n'apprécie guère quelques sorties politiques et partisanes, j'ai aimé les analyses sur l'amour et sa fin: " la traversée d'un divorce est peut-être le seul moyen de mettre fin à l'amour (dans la mesure où évidemment l'on considère que la fin de l'amour puisse être une chose salutaire).."  p. 224
Pourtant il me reste un goût d'inachevé, que je n'avais pas ressenti à lire Soumission
Sérotonie est une tranche de vie, bien glauque, bien déprimante. 

vendredi 22 février 2019

Grâce à Dieu de François Ozon

Attention chef d'oeuvre!  Grâce à Dieu de François Ozon



J'ai toujours aimé les films de François Ozon, Potiche ou huit femmes font partie des mes souvenirs préférés, j'aime les décors, les costumes colorés, le jeu des actrices, tout. 
Grâce à Dieu m'a plu à tel point que je n'ai pas dormi et même oublié que j'étais au cinéma, confortablement assise dans un large fauteuil rouge au fond de la salle. Et cerise sur le gâteau, j'ai pleuré à la fin! 
Pleuré sur l'humanité qui se dégage de la communauté des hommes et des femmes que l'action, l'association, le combat et surtout la parole libérée ont sauvé. 
François Ozon est très doué, vraiment! Les acteurs qu'il dirige tout autant! Mention spéciale à Melvil Poupaud ou Denis Menochet (qui je l'espère sera récompensé pour son rôle de père violent dans Jusqu'à la garde), mais  Swan Arlaud (Petit paysan) est remarquable. C'est lorsqu'il entre en scène que j'ai oublié la salle où j'étais assise, les sous-titres pour mal-entendant et l'artifice que constitue le cinéma. Son personnage montre à quel point la parole peut libérer et sauver, combien il est important de dire ce qui est arrivé enfant ou adolescent, dénoncer ces crimes de pédophilie et les violences subies. 
La force du film réside dans l'éveil à la vie des victimes, face à une Eglise engluée dans ses mensonges, le poids des non-dits, l'impossibilité de dire le sexe. Pédophile ou pédosexuel? La scène où Barbarin réfute le terme de pédophile face à une victime est à la fois risible et révélatrice de la chape de plomb qui recouvre les milieux catholiques. François Marthouret incarne à merveille l'obséquiosité et la bêtise d'un évêque dans le déni permanent. La voix de l'acteur y contribue fortement. 
Je n'ai guère les mots pour dire tout le bien que je pense du film et je déplore que François Ozon n'ait pas eu tous les financements qu'il obtient habituellement, ce qui révèle encore à quel point mettre en cause l'Eglise et les curés reste difficile !
Je salue le courage des victimes, en vrai,  élevées au rang de héros (héroïnes?). 

samedi 2 février 2019

De la visibilité ...

Le blog est mort, vive le blog! Les statistiques ne sont pas si dramatiques bien que je n'y écrive plus! Etonnant non? Certes il ne s'agit que de 30 lecteurs par jour, mais ce flux dure, ce qui n'est pas le cas de mon envie d'y écrire des billets.  De temps en temps, j'y mettrais bien quelques histoires mais j'y renonce très vite, ne me faisant plus rire. 
A suivre, cependant, un billet d'humeur concernant  la visibilité des femmes dans la presse sportive. Chaque dimanche je m'agace de ne pas les y trouver! 

Ainsi, le 13 janvier 2019, Ouest-France consacre 32 pages aux compétitions sportives, nationales, régionales, départementales et locales. Soixante six photographies illustrent les articles, sept concernent des femmes soit 10%. La première photographie féminine apparaît page 16.
La Une résume le contenu du journal: deux photographies des joueurs de football en action, un dirigeant au visage fermé (le football est une affaire sérieuse) un poil de hand-ball et un poil de cyclo-cross, toutes les images sont masculines, viriles et médaillées.
Dix sept pages sont consacrées au football, les joueurs prennent la pose, en l'air, renversés, à terre, le pied haut, en action, victorieux, en plein effort, le visage couvert de sueur, souriants, triomphants, rarement à terre se tordant dans d'affreuses douleurs, musclés, se congratulant en joyeuses bandes! Les titres révèlent un festival de niaiseries virilistes en mode guerrier: "frissons et frustrations" "on n'est pas retombé dans nos travers" (profondément et chaque dimanche pour le quotidien), "remettre les compteurs à zéro", "trouvé le bon équilibre", "le stress de mai", "Paris a retrouvé son rythme impitoyable", "l'espion qui en savait trop", "on est resté sur le frein à main "...
Les quelques photographies de joueuses n'échappent pas à la règle sportive masculine, point positif, puisqu'on les voit  sauter, bondir,  la balle à la main au basket, au volley, au foot-ball ou au hand-ball (merci les bleues d'être championnes du monde), certaines pratiquent un peu le vélo, un petit encadré ridicule les montre sur le podium. Je soupçonne le quotidien de recycler à l'infini les mêmes photographies, ce qui est particulièrement vrai concernant les joueuses de ping-pong de Quimper. Je suppose qu'assister à un match n'a rien d'exaltant pour les pigistes et qu'un simple coup de fil suffit à nourrir la légende sous une photographie jamais renouvelée. 
La lecture de Ouest-France confirme l'invisibilité des femmes sportives  dans les médias (80% des émissions à la télévision sont consacrées aux hommes), pourtant 37% des licenciées sont des femmes! Certains sports font jeu égal, le volley, le ski, l'athlétisme, le hand ball et le rugby!
Alors pourquoi si peu d'intérêt pour leur match?
PS: Cherchant une photographie sur le net afin d'illustrer ce propos, mes premiers mots clés (femme sportive photo) m'ont conduit directement sur des images de pin-up, seins offerts et culs rebondis, j'ai eu plus de chance en tapant "championne" bien que des images de sportifs s'y soient glissées. 
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