jeudi 19 novembre 2020

Immortelle randonnée (le sentier cathare saison 1 épisode 2)

Immortelle randonnée!  Pris ainsi le titre ne se comprend pas vraiment,  et pourtant, il me fait rêver! C'est pourquoi j'ai relu avec un grand plaisir le récit de Jean-Christophe Rufin concernant son pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Je maintiens ma critique commise il y a 6 ans!  



Ginoles



Il n'était pas question pour ma copine (et il ne l'est toujours pas) de faire ce pèlerinage, d'une part elle conchie les religions (toutes) et d'autre part, elle refuse mordicus de se compromettre avec les foules bêlantes qui arpentent ce camino.  

Les punaises de lit du sentier cathare? oui! Celles du chemin de Compostelle, jamais! 

C'est ainsi que nous nous sommes retrouvées dans l'Aude sur un chemin confidentiel et très peu promu par les offices de tourisme des départements qu'il traverse. L'Ariège en fait davantage la promotion, puisque la manne balnéaire ne tombe pas chaque année. Les responsables de l'Aude, au grand dam des propriétaires d'hébergements, se contrefichent un peu des randonneurs qui parcourent l'arrière-pays. Ils se sentent délaissés, au profit de Carcassonne, la Narbonaise, Leucate et Gruissan! Les campagnes se meurent, les villages se vident. La plupart de nos hôtes étaient anglais, danois, russes ou ukrainiens, ou bien jeunes couples en reconversion, à la recherche de terres agricoles sans pesticides et sans engrais, vignerons amoureux du Maury ou des vins d'Agly, convaincus qu'un jour ils séduiront les Parisiens en goguette. Les forêts sont le domaine des sangliers, nourris au sac de maïs, qu'iront tirer, dès le 14 août, vieux et jeunes chasseurs en 4X4! Quelques puristes continuent de pêcher, ils se retrouvent entre hommes, à boire des coups dans l'ombre et l'obscurité bienfaisante d'une masure à peine retapée! "Tiens des marcheuses! " ont-ils braillé en nous voyant passer! Ma compagne ne s'est pas laissée démonter, de son ton bourru et en langage fleuri dont elle est coutumière, franc et couillu, elle les a bien faits rire,  nous étions à deux doigts de pénétrer dans l'antre et de nous attabler devant les bouteilles de blanc et de rouge! Nous aurions entonné de concert, le petit Quinquin ou la petite Huguette! Mais Quirbajou, notre avant-dernière étape nous attendait! Ce magnifique village haut perché est peuplé de néo-ruraux armés pour affronter l'effondrement! Nous y avons vu nos premiers enfants (ou quasi), des fillettes qui jouaient à fabriquer des cabanes entre trois planches de bois! L'Aude est le département des vieux, les très vieux y règnent en maître, traînant la patte entre deux maisons inhabitées ou fermées dès l'automne, sans même connaître les joies du comptoir et du petit vin blanc qu'on se jette dans le gosier pour l'apéritif du matin! (En Dordogne, la désertification et la mort sont en suspens, cf mon prochain billet) 

Exaltée par mon expérience (pas peu fière d'avoir marché 8 jours avec mon sac sur le dos) j'avais envie de relire Rufin afin d'y trouver des similitudes!  A vrai dire,  je n'en ai trouvé aucune ou presque, mais j'ai ri, à nouveau, à lire ce récit, il ne se démode pas, Rufin n'a pas son pareil pour décrire les paysages et ses émotions. 

Contrairement à l'auteur qui enquille près de 800 km à pied, nous avons fait homéopathique, juste l'impression de l'impression. Donc rien à voir! 

Nous n'avons marché que 8 jours, -je n'étais pas seule-, nous n'étions pas en autonomie, nos étapes ne dépassaient pas 20 kilomètres, nous avons dormi et dîné confortablement, il n'y  a personne sur ce chemin ou quasi personne, il n'y a pas de but, le parcours ne vaut que pour les paysages et les quelques châteaux perchés, pas de crédencial à faire signer, pas d'exploit sinon celui de marcher sur un parcours un peu ardu... Comme Rufin, nous n'avons manqué aucune chapelle, ces dernières sont souvent fermées, impossible la plupart du temps de se reposer dans la quiétude et la fraîcheur de leur nef, nous avons visité tous les cimetières, eux, largement ouverts à tout vent mais souvent abandonnés aux herbes folles car peu honorés par les familles, nous avons arpenté toutes les ruelles des villages, goûté à l'eau des fontaines quand elles n'étaient pas le refuge des têtards, glané les noix et les noisettes, nous nous sommes gavées de mûres, nous avons cherché en vain des lacs ou des rivières pour nous baigner, des plages herbues où faire la sieste, des bars où boire la bière rafraichissante du soir après l'effort! 

Parcourir le sentier en septembre est souvent faire l'apprentissage de la solitude.  

Parce que je ne saurais raconter cette expérience, je  recommande la lecture du livre de Rufin qui évite tous les pièges du récit de voyage. 

Cailla

Marsa


lundi 2 novembre 2020

Le sentier cathare (saison 1, épisode 1)

Adepte, depuis peu, de la randonnée lente et contemplative, je me suis lancée en septembre pour la longue durée en autonomie sur une partie du sentier cathare. Sensations garanties.

Sentier cathare, pech de Bugarach 


Le sentier cathare s'étire de Port-la-Nouvelle à Foix, 250km. Le GR 37 ou 367 traverse deux départements l'Aude et l'Ariège, une région gigantesque, l'Occitanie.

Il est coutume de débarquer à Port-La-Nouvelle à la gare et de commencer le chemin à partir des  rives de la Méditerranée. Les trois premières étapes conseillées sont très longues entre 26 et 30 km, dans la garrigue, sous le cagnard et les éoliennes, au milieu des vignes de Corbières. Pour qui n'a jamais marché, insolation et ampoules garanties! On a choisi malin, une boucle de 160 km, variante nord puis sud, entre Quillan et Duihlac-sous-Peyrepertuse. Bien nous en a pris! Environs 20km par jour ce qui est pour nous le grand maximum. 


Jour 1. Quillan

Que retenir d'une telle expérience? 
A l'évidence, l'envie de recommencer:  plus long, plus longtemps. Au retour à Quillan j'ai été assaillie par l'idée du manque. Chaque matin, partir seule, à pied, pour 15 à 20 km, loin de tout, est une expérience étrange, le sentiment de n'avoir que son corps pour avancer. Cette sensation est totalement illusoire puisqu'à n'importe quel moment il est possible de prendre une voiture! Le soir de l'étape 1 à Saint-Julia-de-Bec, V. ayant constaté l'oubli de sa liseuse (culture quand tu nous tiens), nous sommes retournées la chercher à Quillan avec notre hôte et son chien dans un 4X4 improbable. 

La quiétude et la solitude. En septembre, on ne rencontre presque personne sur ce chemin assez peu connu: quelques groupes de personnes âgées, menés par des hommes taiseux "autoproclamés chefs", lourdement chargés, bien organisés,  des solitaires heureux de pouvoir faire la causette en cheminant (ou pas), des trailers très pressés et peu aimables, quelques couples dont un étrange qui poussait une sorte de brouette pour les sacs, couvert de la tête au pied de vêtements chauds et noirs sous 30°, des chasseurs le samedi et le dimanche en énormes 4X4 pétaradants ou planqués avec armes et radios sur leur affût surélevé (mirador de  bric et de broc). Ils se préviennent entre eux du passage des randonneurs, qu'il ne faudrait pas tirer comme des sangliers! 

Les paysages sublimes tout le long du chemin ponctué de croix de mission, la découverte des citadelles du vertige aujourd'hui restaurées (plus ou moins): Puilaurens, Peyrepertuse immense vaisseau de pierre. 
 
Près de Saint-Just et le Beau

L'aspect sportif de la randonnée, 160 km et près de 3500 mètres de dénivelé positif, parfois à quatre pattes dans le vent du Pech de Bugarach ou la descente vertigineuse du col d'Auroux vers le pla de Besous.

La traversée des villages quasi déserts, aux maisons fermées collées à leur église trônant au milieu du cimetière, à la mairie arborant fièrement les drapeaux, au lavoir permettant le ravitaillement en eau mais sans bistro, ni boulangerie, ni restaurant. L'Aude semble abandonnée de tous, miséreuse, les compteurs EDF sont cadenassés pour ne pas être pillés. 
Saint-Just et le Bezu


La découverte toujours plaisante des hébergements d'étape, épatante dans la mesure où, hors saison, le voyageur n'a guère le choix: le moulin du Roc à Saint-Julia-de-bec à la réputation crasseuse et douteuse façon "auberge rouge", loin de tout, tenu par des Anglais, deux frères et leur soeur  dont le tee-shirt jaune chiasseux était couvert de tâches et de poil de chèvre.. Chris, charmant, nous a concocté un repas "anglais": une belle entrée originale à base de melon et un plat de magrets de canard racornis car trop cuits, aux fruits de mer Picard, à vomir. Zonait autour du gîte, le beau-frère de Chris, en mode furieux, animé probablement de projets de meurtre,  puisque récemment viré par sa femme Kim (la soeur). Après le commentaire haineux lisible sur booking, Kim  (les deux frères étant quasi impotants) avait vidé au moins deux bouteilles d'eau de Javel  dans les chambres afin de prouver à quel point l'hygiène restait sa préoccupation principale. Elle avait toutefois oublié de rincer la cuvette des WC qui semblait recouverte d'un produit collant, visqueux et suspect mais invisible ..... tadahhhh! Malgré la tonne de poils de chèvre, noirs et drus qui couvraient une partie du plancher, j'ai admiré la mansuétude de V. concernant nos hôtes, sans doute due à leur amour commun pour les  bêtes! Cela dit, ce fut une belle rencontre comme toutes les autres. 
A Bugarach, nous avons été accueillies par Ghislaine (Mamour) et Mario, le couple ayant changé radicalement de vie afin de profiter des bonnes vibrations du pech de Bugarach (1281 m) et de sa fenêtre, récemment nettoyée en août par une palanquée de hippies et d'illuminés.  En 2012, des centaines de croyants cernés par plusieurs compagnies de CRS ont attendu en vain la fin du monde!  J'ai découvert la tarte et le pain sans gluten! (sans commentaire). Le chat de la maison a eu la bonne idée de sauter sur nos genoux au cours du repas, façon tendresse (pour nous faire du bien au foie selon sa propriétaire convaincue que les chats soignent ). Malheureusement, ma main a rencontré la peau à vif, débarrassée de poil, suintante, de la pauvre bête atteinte d'une maladie genre pelade que j'ai pensée contagieuse.. A priori, à force de soigner le foie des visiteurs, la bestiole en avait perdu le pelage! J'ai eu des doutes concernant les dons de magnétiseuse de notre hôte incapable de soigner son animal domestique mais elle ne fait probablement pas les bêtes! 
A Puilaurens, nous avons été hébergées par un couple d'Anglais absolument charmants et leur chien, une bête immonde genre berger allemand dont le seul but était probablement de nous renifler le cul, sociable selon ses maîtres avec les hommes mais mauvais comme une teigne avec ses congénères. Il avait d'ailleurs récemment coursé et croqué un plus petit que lui et devait dorénavant sortir muselé, ayant échappé de peu à la piqure du vétérinaire. Il était cantonné dans l'entrée, qui sentait la chiennerie, le chenil, et collait son museau humide sur la vitre à petits carreaux dans l'espoir d'accéder à la salle à manger. La maison aurait tout aussi bien pu servir de décor pour la série "les revenants" posée comme elle était près de la rivière, la Boulzane qui avait ravagé la vallée lors des dernières crues dans l'Aude. Elle y avait échappé par miracle mais cernée. Nos hôtes nous ont nourri royalement à l'anglaise, désolés de ne pouvoir dîner avec nous pour cause de mesures sanitaires: entrée, plat dessert, vin à volonté, apéritif et pousse café, une liqueur de prunelles concoctée par la maîtresse de maison. Au matin nous sommes parties avec des barres de fruits secs cuisinés, et la recette de la liqueur! 
A Caudiès de Fenouillèdes, pas de chien mais une bique! A Camps-sur -Agly, un énorme chat à trois pattes, un Maine Coon, à Quirbajou des chats et des chiens ... mais pas de punaises de lit malgré la peur de la logeuse qui, visiblement depuis 2015, oblige tout visiteur à laisser les sacs à dos dans l'atelier afin de ne pas infecter les lits! 
La punaise de lit est devenue la hantise des gîtes sur les chemins, Compostelle étant à ce titre devenu le champion du parasite. 

(A suivre)
La fenêtre du Pech de Bugarach



Au loin le Canigou vue du col d'Auroux

Pech de Bugarach

samedi 31 octobre 2020

ADN

J'ai beaucoup aimé le film de Maïwen, ADN. 



Il est probable que ce film répondait à ma préoccupation du moment sur la vie et la mort, le deuil et les enterrements...Certes ces thèmes constituent  un peu mon fond de commerce! 

Souvent peu encline à prendre la voiture et préférant mon canapé à la toile géante, j'avais également envie,  en cette veille de confinement, de montrer mon attachement à la culture, grande victime du covid. (Nota bene : nos salles sont confortables mais j'aimerais un peu plus de chaleur ... )

Le film est servi par des acteurs excellents, mention spéciale à Maïwen, Fanny Ardant et Louis Garel! 

J'ai beaucoup ri et un peu pleuré. 

On y retrouve ce qui fait le sel des familles, les engueulades, forcément, les réflexions sans nuances, car on sait que de toute façon, tôt ou tard, il ne saurait y avoir de rupture définitive. 

J'ai pu trouver un peu long les scènes qui insistent sur un message à faire passer. Le pépé était à l'évidence, français, laïc, athée comme le dit si justement un des petits fils. Il pose par conséquent la question du pourquoi en faire un musulman à sa mort? C'est un film sur les origines, l'identité. Avec le temps, cela n'a plus guère de sens... Que reste-t-il de la Corse ou de l'Italie, de l'Algérie ou du Canada après plusieurs générations si ce n'est le récit qu'on se raconte? On peut regretter les questions sans réponses que suscitent certaines scènes comme par exemple la confrontation entre la mère et la fille sur la peur et le dégoût que cette dernière avoue avoir pour sa génitrice...Comme si Maïwen avait voulu tout dire sans forcément qu'il y ait un lien avec l'histoire! Une sorte de journal intime un peu décousu qui lasse parfois, notamment dans la deuxième partie concernant la quête identitaire de l'héroïne 

Dès la réouverture et si mon cinéma le programme, je me promets d'aller voir Garçon Chiffon. 

mercredi 28 octobre 2020

En train!

N'ayant pas envie de voir mon blog supprimé de Google, je recycle un vieux brouillon en hommage à la SNCF, exemplaire dans son traitement de la tempête Alex...(Je flagorne un peu!)
Il faut produire pour ne pas disparaître de la toile! 



Jeudi 16h
Les médias annoncent la fin du monde, la tempête Alex va frapper durement les côtes bretonnes. 
Jeudi soir, 20h 
Un sms de la SNCF m'annonce la suppression de tous les trains du matin entre Quimper et Lorient vers Paris, je me précipite sur mon ordinateur afin de trouver une place dans le premier à redémarrer. Celui de 12h coûte un bras et les deux jambes, ne reste plus que les places réservées aux femmes  d'affaires (et aux hommes). Je renonce et opte pour le TER avec correspondance à Rennes, je mets au pot mais le tarif reste tout à fait abordable. 
Jeudi 23h 
Je me couche, je bouche mes oreilles de mousses, la nuit va être rude. Trente minutes plus tard, mes bouchons me gênent, je n'entends aucun bruit de vagues, ni sifflement du vent. 
Un petit chuintement au loin dans la nuit, un peu de pluie sur les carreaux, une douceur inhabituelle, bref, de tempête rien ... 
Vendredi matin 9h.. 
Dépitée! 
On s'attendait à frémir sous les coups de boutoir du vent, à goûter tranquillement la chaleur du lit tandis que dehors les éléments se déchaîneraient. 
Rien, nada, que dalle, que tchi.... 
De tempête pas un signe ... juste quelques annonces concernant le Morbihan où le préfet a fait fermer les écoles, les facultés, les lycées et les collèges ; des foyers sans lumière et des arbres couchés sur la voie publique ... Certainement pas la catastrophe annoncée, celle qui aurait pu ressembler à l'ouragan de 1987! 
Pas de quoi fouetter un chat !
Décidément la SNCF n'a plus confiance en ses trains. 
Principe de précaution.

Vendredi 12h
Comme d'habitude je me gare quasi devant la gare de Lorient. Le TER de 12h44 arrive plein comme un oeuf ! 

13h 
Il n'a toujours pas quitté le quai, la douce voix de notre contrôleuse nous annonce un petit problème technique "qu'il fallait mieux traiter en gare tranquillement" (sic le conducteur) 
13h05
Le train démarre enfin et roule "à fond les ballons" afin de rattraper notre retard 
13h30
La pétillante contrôleuse passe dans les rangs en annonçant que trois arbres sont couchés sur la voie entre Redon et Rennes, ils cherchent une solution mais probablement nous n'aurons pas nos correspondances ... Redon sera notre terminus .... Damned!
Branle bas de combat dans la rame mais tout le monde reste aimable et calme. 
Six cars sont prévus pour  prendre en charge les voyageurs se rendant à  Rennes tandis que nous, les aventuriers pour Paris, Toulouse ou Amiens, devons monter dans le TGV du quai A .... en mode "demerden sie sich" ... 
Les passagers du quai A prennent l'air, peinards, ils nous accueillent benoîtement, bien qu'ils soient en gare de Redon depuis plus de 90 minutes .... ce sont ceux du train de midi que j'aurais aimé prendre si la SNCF ne vendait pas les places à prix d'or ...
Je monte et trouve un siège dans un petit coin! A peine assise, le train redémarre pour Rennes où il fait une étape rapide. Je fais profil bas redoutant d'être délogée ...Peu de personnes montent dans les rames. 
Personne ne nous contrôle. 
J'arrive à Paris avec 30 petites minutes de retard dans un train qui n'était pas le mien...

Je dis merci la SNCF .... 

jeudi 15 octobre 2020

Deux livres à dévorer : Autobiographie d'un immeuble et Laetitia

 Lorsque que le documentaire (les enfants du 209 rue Saint-Maur sur Arte) s'achève je fonds en larme ! C'est plus fort que moi!  Voir ceux qui ont survécu, et ceux qui se souviennent, réunis dans la cour de l'immeuble à la fin du tournage avec les habitants d'aujourd'hui, dans le bruissement d'une fête d'adieu, m'émeut au plus au point. 

Le livre paraît quelques mois plus tard, sa lecture est passionnante,  différente du documentaire! Elle raconte depuis les années 1850, les vies des générations d'enfants, d'artisans, d'émigrés de l'est ou du sud de l'Europe. La visite de la cour un samedi à Paris qui ponctue ma lecture, me ravit. J'imaginais l'immeuble moins haut, plus bourgeois, moins "moderne"! Le quartier du 10ème arrondissement est encore vivant mais en cours de boboisation, la déambulation reste très plaisante mais lorsque la dernière laverie aura disparu, il revêtira le chic propre des quartiers sans âmes. 

J'aime ces écrivains qui, par la précision de leur description des lieux, font sentir les odeurs des feuilles que l'on foule au pied, les embruns sur le visage, la caresse de la lumière sur une plage de Vendée, - celle qui éblouit mais qu'on ne peut s'empêcher de regarder-, le craquement d'un escalier un peu raide, à la rampe lisse d'avoir trop servi, le plâtre usé d'un mur lépreux, la vision d'un lavabo dans un coin cuisine éculé, le skaï du canapé sur lequel dort un chat, des tommettes rouges branlantes sous un toit à la chaleur étouffante. 

Je ne pourrais par faire mieux que ces deux auteurs, Ruth  Zylberman ou Ivan Jablonka dont j'ai dévoré les livres cette année. Ce ne sont pas des romans, mais ils en ont la puissance d'évocation. Ce sont des livres d'histoire, humains profondément! 

Je réalise soudain en écrivant ces lignes que ces deux historiens sont interviewés et  filmés à la fin de l'exposition du Mémorial de la Shoah concernant l'ère du témoin que je conseille vivement. 

Ce n'est pas un hasard si j'aime les récits de traces, de liens invisibles entre les vivants et les morts. 





dimanche 30 août 2020

De Morgat à l'océan, au dessus de l'île vierge.

Chroniques de Bretagne se lance dans la randonnée de haut niveau, activité lente et contemplative, réservée souvent aux gens inactifs ... ou en voie de l'être! Depuis plusieurs mois, j'éprouve la distance sur les chemins côtiers! Samedi, retour aux sources, le cap de la Chèvre!  



Je n'ai pas fait l'erreur d'il y a quelques années, qui avait consisté à atteindre le cap au départ de Morgat avec retour par le chemin sur le plateau, 22 km au bas mot, 22 km interminables, infinis sur la caillasse sous le soleil et sans eau. Sur la fin de l'épopée,  nous ne rêvions que d'une chose, planter nos bâtons entre les deux épaules de notre guide, qui, inlassablement, nous rassurait par un : "ce n'est plus très loin, on arrive bientôt" qu'elle évaluait, après un rapide coup d'oeil, jeté sur un improbable article de Ouest-France ... La pinte, largement méritée,  nous avait requinqués et avait permis d'éviter, le meurtre, la noyade dans le port, le goudron et les plumes. 
Cette fois-ci j'ai programmé un circuit "de la baie à l'océan" : une boucle, Morgat, l'île vierge, la plage de la Pallue et retour. J'ai opté pour ce sens non par souci de contradiction avec le guide bien nommé, mais, très judicieusement, car le soleil baigne la baie de Douarnenez le matin, il atténue la difficulté du chemin, véritables montagnes russes. La lumière dans les arbres est alors extraordinaire et la mer d'un bleu azur. 
Jusqu'au large, le sentier traverse des hameaux dont les maisons rénovées sont toutes occupées par les touristes en quête de grand air, d'authenticité et de solitude: Saint-Hernot ou Kerdreux ont ainsi conservé leur cachet paysan. Dans la soue, il n'y a plus de truies, les petits à la mamelle, mais des planches de surf et des combinaisons en Néoprène. 
La plage de la Palue est sublime. Bien qu'interdite à la baignade, elle reste le royaume des kiters et des windsurfers qui n'ont que faire des tas de pois que l'on voit au loin, mourir pointe de Penhir. 
Le retour sur Morgat n'est pas vraiment passionnant, gâché par un balisage merdique pas vraiment conçu pour des facétieux qui ne suivent pas les consignes ... Dommage! 

Il y a fort à parier que la commune a fait le plein de touristes cet été, l'obligation de porter le masque en témoigne tout comme la muflerie des patrons de bistrot négligents vis à vis des clients et peu respectueux.

Je recommande cette belle boucle de 16 km mais je préfère le terre-mer au sud de Morgat qui mène à l'île d'Aber, je vous en parle prochainement. 


dimanche 22 septembre 2019

Mes livres préférés de l'été, ...la Fabrique des salauds

Depuis le début de l'été j'ai lu un grand nombre de livres passionnants. Dire ici tout le bien que j'en pense me permettrait de relancer ce blog moribond...Je commencerai par celui que je viens de finir en ce premier jour d'automne: la Fabrique des salauds de Chris Kraus


En vrac et lacunaire, j'ai amorcé une liste de mes lectures. Ce premier jet (car il en manque plein) montre à quel point j'aime l'Histoire du XXème siècle, la guerre et ses conséquences, les récits de rescapés (ou pas), les puissantes histoires de famille, leurs drames et leurs secrets.
Oublier Klara d'Isabelle Autissier
Les voisins de Jan Gross
Les loyautés de Delphine de Vigan
L'évangile selon Yong Shen de Dai Sijie
......
La fabrique des salauds de Chris Kraus. 
Il s'agit d'un roman puissant dont la lecture est addictive, je ne l'ai pas lâché malgré le poids (au sens propre, il est parfois difficile de maintenir un livre de près de 900 pages la tête inconfortablement appuyée sur deux oreillers, j'ai renoué avec la chaise longue afin de prendre appui sur mes genoux). L'histoire balaye le 20ème siècle, de 1905 aux années 70. Indéniablement le lecteur s'attache au personnage principal, tout en réalisant qu'il s'agit d'un véritable salaud, un assassin, un meurtrier, une ordure véritable. 
Mais c'est encore pire de réaliser qu'il n'est pas seul ! L'Allemagne de l'ouest n'a pu  ou pas voulu se débarrasser de ses nazis, - il ne s'agit pas du pékin lamda obligé de prendre sa carte au parti pour travailler - mais de  la vraie ordure, celle qui s'engage dans les compagnies de SS à têtes de morts, les gardiens de camps, les hauts dignitaires ayant participé aux terribles tueries de masse sur le front de l'est. Tous ou presque ont échappé à la dénazification et se sont glissés dans les arcanes du nouveau pouvoir, noyautant la jeune république. 
La lecture de l'ouvrage m'a rappelé mes séjours en Bavière au milieu des années 70, lorsque mon hôtesse me montrait les albums de famille où figuraient les fils, pères et oncles en uniformes noirs de la SS, les insignes à têtes de morts avaient été grattés à la lame de rasoir. Mon allemand débutant ne m'avait pas permis de communiquer mais j'avais été choquée et vexée en imaginant qu'elle pensait que je ne comprenais pas la nature de l'engagement de ces crapules. 
Le roman est historiquement solide et éclaire le fonctionnement des  services d'espionnage, les relations de la RFA avec les Etats-Unis,  l'URSS ou Israel. De nombreux personnages sont réels et leur histoire est édifiante. Je pense qu'il convient parfois de lire le livre en complétant par la lecture de quelques biographies sur le net. 
Bref, j'ai réalisé que j'en savais plus sur la RDA que sur la RFA et ce que j'en ai appris me laisse un goût amer. J'avoue mieux comprendre le silence de mon ami Jochen rencontré en Allemagne en 1975, la tristesse de son père se mourant de la silicose après avoir combattu toute la durée de la guerre, puis survécu 5 ans en captivité en Russie dans les mines de charbon. Il traînait alors sa carcasse usée, la clope à la main, tout juste en retraite des compagnies minières de la Ruhr. A l'époque j'aurais aimé lui parler, lui poser des questions mais je n'osais pas. 
Le roman n'est pas de ceux qui vous prend aux tripes mais il est réellement passionnant et instructif, chargé de références et d'influence littéraires. J'ai adoré par exemple, les descriptions des paysages des pays baltes  ou celles des rues de la toute jeune Tel Aviv et de ses plages. Le personnage féminin est le seul qui soit attachant, je l'ai perçue comme une fleur rouge et fragile, un coquelicot, dans ce sombre récit. 
Lire c'est aussi imaginer. J'ai presque envie de m'y replonger avec l'oeil de l'historien! 
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