vendredi 6 novembre 2026

Emile à la guerre.

 Dans son premier carnet de compte qu’il reprend après la guerre en septembre 1919 après l’avoir abandonné en octobre 1913, date de son incorporation, Emile écrit, au bas de la page délaissée en 1913, « incorporé le 9 octobre 1913, j’avais 1050 francs, libéré le 29 août 1919 j’avais 1311 francs. Les dépenses ont été égales aux recettes: bénéfices= 250 francs »  . 

Il arrive à Plélan le 5 septembre 1919 avec 1300 francs. Il reprend les comptes. 


J’ai trois photographies d’Emile pendant la guerre, les trois portent un numéro en couleur collé en travers au dos:

  • celle du conseil de révision numéro 59477
  • Celle où il est debout devant une cabane Adrian numéro 59478
  • celle où il regarde fièrement le photographe le numéro 59474





 



Ce numéro correspond à une référence d’édition ou de tirage d’imprimeur ou au numérotage de la plaque photographique par le studio. C’est un numéro d’ordre interne attribué par le photographe ambulant ou le studio de ville afin de classer les clichés commandés par les soldats ou les familles.
Ces trois photographies ont probablement été tirées ensemble mais hormis celle du conseil de révision, je n’ai que des hypothèses sur la datation des deux autres. 




59474


Cette photographie ci-dessus porte le numéro 59474 de la série conservée,  on ne peut pas vraiment dater ce cliché. 

Emile se fait photographier en studio, la bordure derrière lui en témoigne mais il est dehors ou le photographe a très astucieusement dispersé des feuilles d’arbres sur le sol afin de faire plus vrai.
Emile semble plus âgé que sur la photographie du conseil de révision, il est moins maigre et il porte fièrement la moustache qu’il conservera toute sa vie. Il semble plus chauve qu’il n’était à 20 ans. Le cliché a pu être pris lors d’une permission, il en a eu peu, peut-être lors du décès de sa mère en 1917. 

Emile pose fièrement devant ce décor dans son uniforme d’affectation avec les épaulettes à corps et tournantes rouges et franges blanches, on ne peut rien dire sur les boutons spécifiques, au nombre de 7. On ne distingue pas de caducées sur les pattes de collets.

L’uniforme est simple et ne semble pas correspondre à ce que l’on a donné aux soldats en août 14. Sur la photographie on identifie une tenue dite « réséda » expérimentée en 1911, du nom de la plante qui permet la teinture gris verte du drap. Une tenue simple, pratique hygiénique et peu couteuse débarrassée de ses attributs trop brillants et trop voyants (le fameux uniforme "bleu horizon"), cette tenue testée dans de nombreuses casernes dès 1911 fut  abandonnée par la commission après avoir subi de nombreuses critiques, elle fut ensuite relancée en 1913. 

(http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/uniforme1024.htm)

Lors de son incorporation en octobre 1913, Emile reçoit un certain nombre d’effets de « toute nature », tout ce qu’un soldat de deuxième classe obtient y compris deux  armes,  un fusil et un sabre. Chaque effet est évalué: neuf (N), ayant déjà servi (B) ou de la collection d’instruction (I). Visibles sur la photographie: 

  • Un pantalon d’ordonnance de soldat,  neuf 
  • Une veste en drap de soldat,  neuve, sur laquelle repose les épaulettes, deux poches de hanche à rabats, fermée par 7 gros boutons  
  • des épaulettes neuves
  • des chaussures il s’agit des chaussures que tout fantassin recevait également (pas à l’inventaire d’Emile)  

Mais il reçoit également, le tout étant porté ou contenu dans le sac à dos ou le havresac: 

  • Une paire de brodequins neufs de modèle 1912 à 7 oeillets, 
  • Des jambières de cuir 
  • une capote ou manteau, neuf
  • Un képi de première tenue de soldat, neuf 
  • pantalon de toile ou de treillis NC
  • Des bretelles, neuves 
  • Une bretelle de fusil 
  • Un ceinturon, neuf
  • Un havresac 
  • Un porte épée baïonnette 
  • Mais également : une boîte à graisse à deux compartiments 
  • une boite en bois renfermant six aiguilles et une galène emmanchées, un bonnet de police (ou calot),  un bougeront de toile, des bretelles de pantalon, un brosse à boutons, une brosse à habits, une brosse à laver, une brosse double à chaussures, une brosse pour armes, trois  caleçons (deux neufs et un de la collection d’instruction), deux  calottes de coton, deux ceintures neuves de laine ou de flanelles, trois  chemises dont deux neuves, des ciseaux de petite monture, une courroie de capote,  deux cravates ou col, une cuiller, un dé à coudre et une paire d’épaulettes, un étui musette, une fourchette, une gamelle individuelle, un martinet, 3 mouchoirs de poche, une patience, un peigne à débarrasser, un sac de petite monture, deux  sachets pour vivre de réserve, trois serviettes, une tasse ou quart et une trousse vide. 


Il n'est pas question dans cette liste constituée lors de son incorporation en octobre 1913 de matériel spécifique pour infirmier. Ce n'est qu'au début de la guerre qu'il est affecté dans une Section d'Infirmiers militaires -SIM-  et son ambulance.  

L’armée manque de moyens adaptés. Douze corps d’armée seulement sur 21 ont pu mettre en place une SIM. Il s’agit alors de ramener à l’arrière les blessés afin de ne pas encombrer la zone de manoeuvre ce qui est catastrophique pour eux! 

On dénombre 482 ambulances, 351 sections d’hospitalisation et 92 groupes de brancardiers au début de la guerre. 


Emile est affecté à une ambulance de la 10ème section des infirmiers militaires en août 1914 près d’Amiens. Une infirmier est contraint de participer au transport des blessés, il monte en première ligne. 

Le parcours d’un homme appartenant à une SIM est un des plus difficiles à établir. 




jeudi 29 octobre 2026

FOMO



Quand tu tentes de randonner avec une météo aléatoire et des compagnons voulant être certains de prendre la meilleure option pour la journée ! 

8h du matin, ça bouge, les premiers dans la cuisine vident le lave-vaisselle et préparent un petit-déjeuner collectif mais personnel, les uns et les autres arrivent au compte goutte...On refait le plan, pour une énième fois, il va pleuvoir sur les sommets, on ne verra rien, ça pèle sa race et on opte pour l'hypothèse champignons, une grande et belle randonnée que l'on n'a jamais faite. Le grand chef chenu donne de bonnes idées mais décide de rester au chaud afin de finaliser son trek au Népal. 

9h la cuisine est rangée, mais il faut abattre une branche du bouleau qui a morflé après l'abattage d'un tilleul qui bouchait la vue. Fils chéri s'y colle, tronçonneuse en main, ravi par cette nouvelle expérience exaltante en haut de l'échelle. Il mouillasse, on n'est pas vraiment pressé! 

9h30 le pique-nique est prêt, les plus en forme se chargent de le porter. 

10h on part à deux voitures. Il est prévu de les laisser au col de la Vieille morte (je n'invente pas!) 

10h 45, on est sur zone ...enfin on devait ...mais fils chéri s'est trompé, on est arrêté sous le col à bien 300 de D-...Fille chérie vomit, il pleut des cordes. Pendant qu'elle arrose le fossé et prend l'air,  on se tasse à 5  dans la Capture afin de revoir la stratégie: aller au bon endroit, renoncer, faire autre chose, boire un petit café au bistrot. On s'engueule en rigolant car aucune météo ne dit la même chose, météo France est quand même la plus optimiste, faut faire confiance, elle annonce soleil et arrêt de la pluie à 13h. F. propose de partir quand même, arguant qu'on finira pas sécher, personne ne relève la proposition, on file au bar ..



11h30, fille chérie ne vomit plus, elle prend un coca ariégeois, nous café ou chocolat chaud. F. se console devant un chocolat liégeois. On rediscute des différentes options. Personne ne cheffe ... on pèse le pour et le contre.. On rigole!

Midi on sort du bar-restaurant (il était complet heureusement car il y faisait bon et on aurait bien décidé d'y déjeuner). Il ne pleut plus, on décide de retourner à 300m sous le col, on grimpera davantage mais en terme de récupération des voitures le soir, on est largement gagnant. 

Midi 30 ! On part en joyeuse bande ! Le chemin est magnifique, les couleurs d'automne superbes. Hardis randonneurs!  Il ne pleut plus (je me répète mais c'est important)! La météo avait raison! 

13h30 on pique-nique sous le soleil, pain paté fromage. La vue est sublime, il fait bon mais on reste couvert. 

14h on repart vers les estives, c'est long c'est beau 

15h Taddahhhh ...il pleut, on ne voit plus à 100m, je mets ma cape jaune, mouillée dehors, mouillée dedans mais ça fait illusion et la veste polaire reste sèche.



16h30, l'heure est grave, les vieux sont lents, surtout la vieille et son genou, la jeunesse décide d'aller récupérer les voitures et nous abandonne à notre sort. Ils devraient mettre 2h à redescendre et nous 2h30 ...

17h on attaque la pente, 450m de descente bien raide dans les feuilles, glissantes... je glisse, le genou plie mais ne rompt point, il est bien chaud, ...pas pire! 

18h30 on arrive au village après une descente interminable, mais sans hésitation, on passe au cimetière faire nos salutations puis à l'épicerie.

19h dans la chaufferie, F. se lâche et se relâche en beuglant comme un âne " je peux bien vous le dire maintenant ça fait chier chier chier ! " HUMOUR! Il est ravi. 

On a passé une super journée avec 16 km dans les pattes  et 800 de +  et -. Le genou a la taille d'un melon mais ça va ...



jeudi 15 octobre 2026

Le conseil de révision 1913.




Emile est né le 10 juillet 1892 à Combourg, il est donc de la classe 1912.

Il se fait recenser à la mairie de Saint-Lô en décembre 1912 car il est employé à la pharmacie Hebert comme premier élève préparateur depuis octobre 1912. Début janvier, il a vérifié son inscription sur les listes communales puis il est convoqué pour le conseil de révision. Une large publicité est faite par voie d’affiches et de publications dans la presse locale. Dans certaines villes il y a même des associations qui préparent les futurs conscrits à leurs obligations militaires. 

Cependant, Emile est en formation et son lieu de résidence légale est Combourg, ce qui fait qu’il est répertorié dans les tables des registres matricules de Combourg à la rubrique : « les jeunes hommes nés dans la subdivision et recensés ailleurs ».


Il doit effectuer sa « révision » du 23 au 27 mars 1913 en principe à Saint-Lô et non à Combourg or  selon le carnet de comptes, ces cinq jours lui ont coûté très cher:   45,30 francs pour le séjour et 13,95 pour le retour, il note la dépense mais ne fait pas de commentaire. Cette somme est importante, et je ne m’explique pas le mot «retour» sauf à émettre l’hypothèse qu’il est allé à Combourg. Ce n’est pas l’habitude car en principe les autorités de sa résidence (Saint-Lô) transmettent les résultats médicaux et les décisions du conseil de  révision (bon pour le service, ajourné, ou exempté) au préfet et au commandant de recrutement du bureau de son domicile d’origine.


Au conseil de révision, à Combourg, il est le numéro 84 de la liste du canton (rang d’inscription du conscrit sur la liste du recensement) parmi  136 jeunes hommes tous originaires de Combourg et des environs (Cuguen, Bonnemain, Meillac..) qui se présentent cette semaine de mars 1913. Le conseil réunit le préfet (ou son représentant), des conseillers généraux et d'arrondissement, des officiers, des médecins militaires, un intendant et le commandant du bureau de recrutement, en présence des maires de chaque commune.


Il est déclaré «bon pour le service armé de la classe 1912 de la subdivision de Saint-Malo », malgré sa petite taille 1,56m avec le numéro de matricule 1155. 

Il est décrit ainsi :

« Cheveux blonds foncés

Yeux bleus clairs

Front moyen fuyant

Nez rectiligne petit

Visage long 

1,56m 

Degré d’instruction 3 » 


Il reçoit en septembre son affectation et découvre alors la vie de caserne en octobre 1913. 


En mars 1913, il retrouve au conseil de révision, trois amis identifiés grâce aux cartes postales : Jean Guilloux, deux homonymes le n°61 et le n°62, Louis Havenel n°64, et Emmanuel Petitpas n°111. Ces trois gars figurent probablement sur la photographie sans que rien ne puisse fermement les identifier. J’ai éliminé un des deux Jean Guilloux le numéro 61, cultivateur né à Cugnen. Le Guilloux dont il est question ne peut être que celui né à Combourg le 15 septembre 1892, mécanicien qui probablement travaille au bourg où Emile a commencé son apprentissage de préparateur chez Parent le pharmacien.  (Degré d’instruction 2 matricule 1134). Les deux autres sur la photographie peuvent être: Mazurier Pierre, bourrelier (n°101) comme Petitpas ou un des deux cantonniers de Combourg, Bessin Emmanuel (n°7, 1082) ou Duclos Joseph (n° 42, 1115)  puisque le père d’Emile était aussi cantonnier. (Hypothèse purement gratuite).  


A l’issue du conseil de révision, les conscrits se font  photographier. A la sortie de la mairie, généralement on peut acheter des souvenirs: coiffes de conscrits, cocardes, épinglettes. Un photographe ambulant ou sédentaire ayant pignon sur rue, les cueille à la sortie et immortalise ce jour. 


Emile est au centre de la photographie et porte le drapeau (probablement fourni par le photographe), il a 20 ans et 9 mois.  Lui et les 5 autres garçons sont bons pour le service. 


La semaine au conseil est une semaine importante comme on peut le voir sur la photographie, il s’agit de se montrer sous son meilleur jour devant les autorités réunies. 


Ils sont tous très bien habillés, veston, cravate, col, gilet. Deux ont un noeud papillon. Emile est habillé de neuf. 

Le 3 mars il a acheté un complet veston pour 59 francs, c’est le cinquième depuis qu’il travaille (1909), un par an,  celui de 1913 est le plus onéreux, deux fois plus cher que celui de 1909, et 10 francs de plus que ceux des autres années, il ne donne pas la marque. Le complet est un vêtement masculin composé d’une veste ou veston, d’un pantalon et parfois d’un gilet. Toute sa vie, Pépé portera un complet veston avec le gilet.

Il renouvelle ses bottines également chaque année, celle de 1913 coûtent 21,95 francs. 

Le 21 mars il a fait réparer son pardessus ( (2,25 francs) acquis en 1911 de la marque Nonet. Nonet est une manufacture française de fourrures de Saint-Lô crée en 1903 par monsieur Nonet-Raisin rue Torteron, elle est détruite par les bombardements en juin 44 . 

Le 23 mars il achète enfin un chapeau castor pour 6 francs. A ce prix je doute fort que le feutre eut été en poil de castor comme ça se faisait au XIXème siècle.

Les sous-vêtements sont en flanelle et la chemise, sans col, en coton. La chemise étant à l’origine un vêtement du dessous, elle se lave moins et on peut en posséder moins. On n’entretient que le col, au départ col officier au XIXème siècle puis col rabattu avec les premières chemises boutonnées. La chemise est blanche, signe distinctif de l’homme de goût, une marque de distinction sociale, une marque de respectabilité. La couleur est réservée pour le sport. 

L’invention du col détaché permet de laver le col avant la chemise qui reste propre plus longtemps notamment pour l'employé de bureau ou le préparateur en pharmacie. Le col amovible est l'invention américaine d’une ménagère du début du 19ème siècle. Les premiers cols sont en coton, en papier ou en lin amidonné comme ceux d’Emile. Très vite, il achète des cols en celluloïd, la matière plastique est intercalée avec le tissu afin que le col soit bien rigide et facile à laver.  

La matière celluloïd a été inventée en 1870 aux EU par les frères Hyatt et brevetée en 1871 pour l’usage des prothèses dentaires, matière composée de nitrate de cellulose et de camphre, toute première matière plastique (1856).


Les cinq garçons affublés de nombreux attributs de conscrits, la coiffe, l’épinglette à la boutonnière et le drapeau, prennent la pose devant une petite table où l’on peut voir deux bouteilles de vin derrière l’ardoise qui indique la classe et des petits verres pleins. 


Il est le numéro 1155 au registre matricule du recrutement. Son grade est soldat de deuxième classe à l’époque de la libération du service actif qui aurait dû durer deux ans! Mais le 2 août il est mobilisé à la classe 1908 selon le fascicule de mobilisation et affecté en tant qu’aide pharmacien dans une section d’infirmiers militaires dont la première mention qui figure dans le registre matricule est la 2ème section d’infirmiers militaires (SIM) localisée à Amiens, le 1er novembre 1914 ( Instruction melle div du 29 septembre 1888) Amiens. Fleury-devant-Douaumont en 1916


Emile reste sous les drapeaux, 5 ans et dix mois, jusqu’au 29 août 1919. 

mercredi 7 octobre 2026

Emile et ses amis!




Il reste peu de traces d’Emile, elles tiennent dans les carnets de compte, une boîte à chaussures et une bonne cinquantaine de cartes postales longtemps cachées sous l’évier de la cuisine où il vivait avec ma grand-mère et que j’ai trouvées par hasard, adolescente. Je les avais stockées, rangées, classées, perdues (miraculeusement retrouvées la semaine dernière)  sans vraiment me soucier de ce qui était écrit au dos. 

Pourquoi les a-t-il conservées? 

Pour les vues de Combourg ou des villes de la Manche ou de Saint-Malo? Je penche sincèrement qu’il les a gardées en  souvenir de ses copains. Ces signes d’amitiés révèlent la sociabilité qu’il entretenait. A la liste de ses amis d'avant-guerre on peut ajouter celle des soldats qu’il a notée et insérée dans son livret militaire. 

Après la guerre, il s’est replié sur sa famille et son travail où il entretenait avec tout le village des relations professionnelles voire amicales. 


La correspondance constitue une dépense mensuelle fréquente et non négligeable mais considérée par lui comme superflue. Emile écrit beaucoup et donne des nouvelles. Ces cartes postales au dos griffonné de quelques lignes, maintiennent le lien social et informent sa famille. Emile achète et écrit chaque mois plusieurs cartes postales, comme beaucoup à cette époque, puisqu’à la veille de la guerre, ce sont 1,7 millions de lettres qui circulent en une année distribuées par 24000 facteurs.

Les dépenses se déclinent autour de plusieurs points:  l’envoi de cartes postales et l’achat de timbres chaque mois, une douzaine de cartes postales pour le nouvel an, des plumes à écrire (non superflues) et des crayons. 


Les amis d’Emile d’avant la guerre quand il travaille dans la Manche  et ceux de Combourg 



Les amis de Combourg sont ceux qui envoient de nombreuses cartes postales à Emile afin de se rappeler à son bon souvenir ou lui fixer rendez-vous.

Ils racontent peu de choses mais souvent l’essentiel et rappellent la nécessité de se voir pour parler. 

«  À mercredi 26 mars salle de la Mairie 9h15 Emmanuel » . Jolie carte postale de pêcheurs dits « islandais » à Saint Malo. 


Ou J. Desclos « Bonjour de Saint Malo » en 1913.


« Suis passé à Saint-Lô Regrette vivement de ne pas y arrêter Cordiale poignée de main , ton Petitpas s’est encore démanché un genou ». 


« Sur le trimard, Guilloux. "


« Ton vieux poteau, ton camarade Guilloux chez monsieur Hébert »  (1909)


« Fort de Rosny le 1-1-13

Mon cher ami

Je suis de retour en France depuis le 5 janvier et je préfère être près de Paris qu’en Afrique, la température change un peu mais la vie est plus agréable. Cordiale poignée de main

Queven? »


Ceux de Combourg, à une exception, sont tous des amis de « la classe » nés comme lui en 1892, ayant probablement fréquenté la même école publique. J'ai pu en identifier certains. 

Philippe Rémi Ami d’enfance d’Emile né le 4 décembre 1892 d’un père couvreur de 31 ans et de son épouse Flavie Le grand 24 ans ménagère, il survit à la guerre et se marie le 21 avril 1920  avec Marie Joseph Desclos  à Combourg, meurt au Kremlin-Bicêtres le 01 12 1978 . 

Havenel Louis:  est mort le 23/5/1915 à Roclincourt (62 Pas-de-Calais) né le 18/9/1892 à Combourg, décédé à l’âge 22 ans 8 mois et 5 jours avec le grade de Caporal, 2ème régiment d’infanterie classe 1912, bureau de recrutement Saint-Malo matricule 1136, mort pour la France 

Son père Joseph est aubergiste de 44 ans et sa mère ménagère Marie Rose Loroux 

Roussin Joseph Jean Marie né le 15 février 1892 à Combourg d’un père François, laboureur de 37 ans et sa mère Léonie Bédouin de 28 ans 

Guilloux Jean né le 15 septembre 1892 à Combourg de Mathurin Brigadier de 43 ans et d’Angélique Bernard ménagère de 40 ans, il est marié à Marie Philippine Turmel à Saint-Nazaire et remarié en 1934 , il meurt en 1943

Petitpas Emmanuel est né le 11 juillet 1892 (Emile le 10 ) à Combourg, son père François est bourrelier de 48 ans, sa mère Marie Anne Debos ménagère de 38 ans, il se marie en 1920 à Marie Françoise Villarnou. 

Desclos Julien né d’une fille mère de 21 ans Léonie journalière célibataire, le 6 octobre 1888, il est le plus âgé parmi les amis. Les Desclos font parler d’eux à Combourg selon la soeur qui rapporte quelques ragots. Il survit à la guerre et se marie à Saint Germain-en-laye le 10 février 1917 à Julie Magnin puis en 46 à Marie Joseph Le Noel  et il meurt en 1959.


Je n’ai jamais entendu mon grand-père en parler, ni ma mère, ni ma tante, sa correspondance cesse après la guerre quand il rentre et se marie. Sa sociabilité change totalement, il privilégie le travail à la pharmacie où il passe sa vie! 


Les amis d’Emile rencontrés dans la Manche ou le Calvados pendant sa formation de préparateur en pharmacie à Avranches, Saint-Lô ou Thorigny. 

Comme  Léon Menant

« Granville le 3 mai 1911

Cher Poteau je t’envoie cette carte pour te souhaiter bien le bonjour et te dire de venir me voir bientôt dans trois semaines beaucoup de choses à te dire, bonjour aux copains de Saint-Lô. J’ai vu Léon (Léon Mary) à Granville , à bientôt ton poteau qui te la serre bien fort (Menant) »

«  Saint Pair juin 1911

Cher poteau je suis comme je l’avais dit à Saint Pair et ma foi j’y fait des affaires je rentrerais le quinze juillet et tu pourras venir mercredi je serais chez nous , je te donnerait des détails , ta vieille branche Léon Menant. "

Léon Menant change souvent d’emploi, en 1911, il travaille au café du théâtre à Cherbourg … «  Le 27 juillet 1911 Cher Poteau je croyais te voir hier à Saint Pair mais je crois bien que s’est le mauvais temps qui t’en a empêché . En attendant de se parler de vive voie, ton ami qui te la comprime bien fort". 


« Cher copain il fait une chaleur torride. Je suis venu me promener à Coutances je suis un peu moins fatigué que le dimanche qu’on avait été à Coutainville  ton copain, L. Mary » (1911)

Il existe dans les registres matricules de la Manche un Léon Mary.    

Il est enregistré sous le numéro 638, classe 1913, Saint Lô, 3132 au corps, incorporé comme Emile en 1913. Ce brigadier, depuis le 14 juillet 1914, affecté au 50ème régiment d’artillerie, est mort pour la France le 6 octobre 1914 à Agny dans le nord Pas-de-Calais « tué à l’ennemi». Il habitait Saint-Lô et était charcutier. 


Enfin les copains de la guerre, ceux des tranchées, Emile en a fait une liste mais il est très difficile de les identifier. Il y a 46 noms sans guère de précisions. 

Je ne sais pas vraiment à quoi correspond cette liste et il est très difficile - sans les prénoms- de connaître leur sort pendant la guerre. Sans doute est-ce ceux avec lesquels il a sympathisé? 

Il les a rencontrés dans les tranchées ou dans un poste de secours alors qu’ils étaient blessés, une des hypothèses est qu’ils ont le même âge que lui, sont de la même classe. 

J'ai quelques idées pour deux soldats: 

Azéma, il y a 93 occurrences sur le site du Grand Mémorial mais seulement 6 viticulteurs (ou vigneron), l’adresse exacte citée par Emile n’est pas mentionnée. 
Trois peuvent avoir été rencontrés par Emile, Paul né en 1896, Jules né en 1883 et Louis en 1890, ces trois-là ont survécu mais ont été blessés. 
Bichue, 7 résultats, six sont originaires de la Manche et un du Calvados. Le site ne met pas en relation avec la fiche matricule.  


Enfin il y a la correspondance avec sa soeur Louise, premier rapport à l’autre sexe selon A. Corbin (cf vie privée tome 4 P. 168), j’ai trouvé quelques cartes de Léonie (caviardées) et de sa cousine germaine du côté de sa mère, Anne Marie Angèle Renault qui lui écrit jusqu’à ce qu’elle se marie en 1911. 


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