mercredi 7 octobre 2026

Emile et ses amis!




Il reste peu de traces d’Emile, elles tiennent dans les carnets de compte, une boîte à chaussures et une bonne cinquantaine de cartes postales longtemps cachées sous l’évier de la cuisine où il vivait avec ma grand-mère et que j’ai trouvées par hasard, adolescente. Je les avais stockées, rangées, classées, perdues (miraculeusement retrouvées la semaine dernière)  sans vraiment me soucier de ce qui était écrit au dos. 

Pourquoi les a-t-il conservées? 

Pour les vues de Combourg ou des villes de la Manche ou de Saint-Malo? Je penche sincèrement qu’il les a gardées en  souvenir de ses copains. Ces signes d’amitiés révèlent la sociabilité qu’il entretenait. A la liste de ses amis d'avant-guerre on peut ajouter celle des soldats qu’il a notée et insérée dans son livret militaire. 

Après la guerre, il s’est replié sur sa famille et son travail où il entretenait avec tout le village des relations professionnelles voire amicales. 


La correspondance constitue une dépense mensuelle fréquente et non négligeable mais considérée par lui comme superflue. Emile écrit beaucoup et donne des nouvelles. Ces cartes postales au dos griffonné de quelques lignes, maintiennent le lien social et informent sa famille. Emile achète et écrit chaque mois plusieurs cartes postales, comme beaucoup à cette époque, puisqu’à la veille de la guerre, ce sont 1,7 millions de lettres qui circulent en une année distribuées par 24000 facteurs.

Les dépenses se déclinent autour de plusieurs points:  l’envoi de cartes postales et l’achat de timbres chaque mois, une douzaine de cartes postales pour le nouvel an, des plumes à écrire (non superflues) et des crayons. 


Les amis d’Emile d’avant la guerre quand il travaille dans la Manche  et ceux de Combourg 



Les amis de Combourg sont ceux qui envoient de nombreuses cartes postales à Emile afin de se rappeler à son bon souvenir ou lui fixer rendez-vous.

Ils racontent peu de choses mais souvent l’essentiel et rappellent la nécessité de se voir pour parler. 

«  À mercredi 26 mars salle de la Mairie 9h15 Emmanuel » . Jolie carte postale de pêcheurs dits « islandais » à Saint Malo. 


Ou J. Desclos « Bonjour de Saint Malo » en 1913.


« Suis passé à Saint-Lô Regrette vivement de ne pas y arrêter Cordiale poignée de main , ton Petitpas s’est encore démanché un genou ». 


« Sur le trimard, Guilloux. "


« Ton vieux poteau, ton camarade Guilloux chez monsieur Hébert »  (1909)


« Fort de Rosny le 1-1-13

Mon cher ami

Je suis de retour en France depuis le 5 janvier et je préfère être près de Paris qu’en Afrique, la température change un peu mais la vie est plus agréable. Cordiale poignée de main

Queven? »


Ceux de Combourg, à une exception, sont tous des amis de « la classe » nés comme lui en 1892, ayant probablement fréquenté la même école publique. J'ai pu en identifier certains. 

Philippe Rémi Ami d’enfance d’Emile né le 4 décembre 1892 d’un père couvreur de 31 ans et de son épouse Flavie Le grand 24 ans ménagère, il survit à la guerre et se marie le 21 avril 1920  avec Marie Joseph Desclos  à Combourg, meurt au Kremlin-Bicêtres le 01 12 1978 . 

Havenel Louis:  est mort le 23/5/1915 à Roclincourt (62 Pas-de-Calais) né le 18/9/1892 à Combourg, décédé à l’âge 22 ans 8 mois et 5 jours avec le grade de Caporal, 2ème régiment d’infanterie classe 1912, bureau de recrutement Saint-Malo matricule 1136, mort pour la France 

Son père Joseph est aubergiste de 44 ans et sa mère ménagère Marie Rose Loroux 

Roussin Joseph Jean Marie né le 15 février 1892 à Combourg d’un père François, laboureur de 37 ans et sa mère Léonie Bédouin de 28 ans 

Guilloux Jean né le 15 septembre 1892 à Combourg de Mathurin Brigadier de 43 ans et d’Angélique Bernard ménagère de 40 ans, il est marié à Marie Philippine Turmel à Saint-Nazaire et remarié en 1934 , il meurt en 1943

Petitpas Emmanuel est né le 11 juillet 1892 (Emile le 10 ) à Combourg, son père François est bourrelier de 48 ans, sa mère Marie Anne Debos ménagère de 38 ans, il se marie en 1920 à Marie Françoise Villarnou. 

Desclos Julien né d’une fille mère de 21 ans Léonie journalière célibataire, le 6 octobre 1888, il est le plus âgé parmi les amis. Les Desclos font parler d’eux à Combourg selon la soeur qui rapporte quelques ragots. Il survit à la guerre et se marie à Saint Germain-en-laye le 10 février 1917 à Julie Magnin puis en 46 à Marie Joseph Le Noel  et il meurt en 1959.


Je n’ai jamais entendu mon grand-père en parler, ni ma mère, ni ma tante, sa correspondance cesse après la guerre quand il rentre et se marie. Sa sociabilité change totalement, il privilégie le travail à la pharmacie où il passe sa vie! 


Les amis d’Emile rencontrés dans la Manche ou le Calvados pendant sa formation de préparateur en pharmacie à Avranches, Saint-Lô ou Thorigny. 

Comme  Léon Menant

« Granville le 3 mai 1911

Cher Poteau je t’envoie cette carte pour te souhaiter bien le bonjour et te dire de venir me voir bientôt dans trois semaines beaucoup de choses à te dire, bonjour aux copains de Saint-Lô. J’ai vu Léon (Léon Mary) à Granville , à bientôt ton poteau qui te la serre bien fort (Menant) »

«  Saint Pair juin 1911

Cher poteau je suis comme je l’avais dit à Saint Pair et ma foi j’y fait des affaires je rentrerais le quinze juillet et tu pourras venir mercredi je serais chez nous , je te donnerait des détails , ta vieille branche Léon Menant. "

Léon Menant change souvent d’emploi, en 1911, il travaille au café du théâtre à Cherbourg … «  Le 27 juillet 1911 Cher Poteau je croyais te voir hier à Saint Pair mais je crois bien que s’est le mauvais temps qui t’en a empêché . En attendant de se parler de vive voie, ton ami qui te la comprime bien fort". 


« Cher copain il fait une chaleur torride. Je suis venu me promener à Coutances je suis un peu moins fatigué que le dimanche qu’on avait été à Coutainville  ton copain, L. Mary » (1911)

Il existe dans les registres matricules de la Manche un Léon Mary.    

Il est enregistré sous le numéro 638, classe 1913, Saint Lô, 3132 au corps, incorporé comme Emile en 1913. Ce brigadier, depuis le 14 juillet 1914, affecté au 50ème régiment d’artillerie, est mort pour la France le 6 octobre 1914 à Agny dans le nord Pas-de-Calais « tué à l’ennemi». Il habitait Saint-Lô et était charcutier. 


Enfin les copains de la guerre, ceux des tranchées, Emile en a fait une liste mais il est très difficile de les identifier. Il y a 46 noms sans guère de précisions. 

Je ne sais pas vraiment à quoi correspond cette liste et il est très difficile - sans les prénoms- de connaître leur sort pendant la guerre. Sans doute est-ce ceux avec lesquels il a sympathisé? 

Il les a rencontrés dans les tranchées ou dans un poste de secours alors qu’ils étaient blessés, une des hypothèses est qu’ils ont le même âge que lui, sont de la même classe. 

J'ai quelques idées pour deux soldats: 

Azéma, il y a 93 occurrences sur le site du Grand Mémorial mais seulement 6 viticulteurs (ou vigneron), l’adresse exacte citée par Emile n’est pas mentionnée. 
Trois peuvent avoir été rencontrés par Emile, Paul né en 1896, Jules né en 1883 et Louis en 1890, ces trois-là ont survécu mais ont été blessés. 
Bichue, 7 résultats, six sont originaire de la Manche et un du Calvados. Le site ne met pas en relation avec la fiche matricule.  


Enfin il y a la correspondance avec sa soeur Louise, premier rapport à l’autre sexe selon A. Corbin (cf vie privée tome 4 P. 168), j’ai trouvé quelques cartes de Léonie (caviardées) et de sa cousine germaine du côté de sa mère, Anne Marie Angèle Renault qui lui écrit jusqu’à ce qu’elle se marie en 1911. 


jeudi 27 août 2026

Je hais les chiens!


Merci F...Je n'ai rien trouvé de mieux! 
(et en plus ça me calme) 

Braves gens, il ne faut jamais JAMAIS faire confiance à un chien et encore moins à son maître, tout aussi  abruti que la bestiole et encore je pèse mes mots. 
Le chien est une arme de destruction massive, même petit il peut faire du tort, vous bouffer le talon d'Achille par derrière, forcément, car en plus d'être méchant, mordeur et bête, le chien est fourbe et mauvais. 
Bref, je hais les chiens et qu'on ne vienne pas me dire que nos comportements génèrent l'agression, qu'en réalité, ce n'est pas ce con de iench qui est fautif mais vous, le pauvre promeneur, qui avez eu l'outrecuidance de vous  balader sur son pseudo-territoire, de l'avoir regardé dans les yeux, d'avoir eu des pensées criminelles à son égard qu'il a bien sûr ressenties, bref que vous lui avez manqué de respect et somme toute bien cherché...
Bien fait pour vous! 
Ainsi donc la sortie vélo, de bonne heure ce matin, s'avèrait prometteuse, fraîche mais pas trop, odorante après la pluie bienfaisante de la nuit, lumineuse:  une petite cinquantaine de kilomètres sur nos petites routes bretonnes, de calvaires en chapelles croquignolesques, vers Pont-Aven avec retour vers Rospico et les crèches à cochon de Kerascouet, le long du rivage vers Trévignon, las! 
A Keranmachinchose, à 10km,  fut le premier calvaire. 
Là où je passe deux à trois fois par semaine, un gros chien occupait la route, à priori benoîtement ("ouf, j'ai réussi me suis-dit, il ne m'a rien dit, il est vieux") avant d'entendre un grognement, un aboiement et un cri de trouille, le mollet de Kiki pissait le sang sur ses chaussettes, un bout de chair pendouillait tristement sur le flanc extérieur! 
Clairement, il fallait aller aux urgences, faire demi-tour, et surtout faire en sorte que le monstre quitte la route! 
Merci internet qui m'a permis d'appeler le propriétaire, sympathique (ce n'est pas son chien mais celui de ses parents .... ça le dédouane?) qui a bien voulu conduire notre ami à l'hôpital, désolé de l'accident, se confondant en excuses...  Un piéton est arrivé en signalant que quatre jours avant la sale bête lui avait mordu le gras de la cuisse alors qu'il marchait comme toujours sur cette petite route... 
Et comble, le vieux, le père propriétaire du taré, n'a rien trouvé de mieux à dire, " oui il est bizarre depuis quinze jours, habitué à marauder la nuit avec un vieux compère que l'on n'a jamais revu, il semble ne s'en être pas remis!" 
Mais punaise tu enfermes ton chien, tu le musèles, tu l'attaches, tu fermes ton portail et tu ne le laisses pas être le roi de la route! 

Aux urgences, vaccination, antibiotiques, radios et exploration de la plaie sous anesthésie générale (demain matin) car d'une part, elle est profonde, d'autre part, les chiens peuvent avoir bouffé une charogne et même la merde d'un autre chien! 
Sont vraiment cons! 

Je suis en colère, vraiment et ce n'est rien de le dire! 

Et je tairais les agressions dites de sympathie quand il vous renifle le derrière, met ses pattes sales sur votre pantalon blanc, ou aboie toute la journée, chie sur la plage, pisse un peu partout ... Quand je pense qu'une pétition est en ligne à Fouesnant pour autoriser les chiens sur les plages! 

Je dis non. 

Ps: en tapant chien dans mon moteur de recherche, vous aurez de nombreux articles concernant le grave problème des chiens, pas attachés, et non maîtrisés par leur maître qui la plupart du temps, en dodelinant de la tête vous dit "il n'est pas méchant" ... 

mardi 26 mai 2026

La religion des morts de Guillaume Cuchet

Une fois n'est pas coutume, je viens de lire avec plaisir La religion des morts. Comment le XIXème siècle a inventé le deuil moderne de Guillaume Cuchet (Seuil. L'univers historique Paris 2026, 286 p.) 



Un vrai livre d'Histoire qui se lit comme une histoire pour qui se complet dans les cimetières et aime tout ce qui touche de près ou de loin aux rites du deuil. Cette lecture fut l'objet d'un plaisir  renouvelé lorsque, étudiante, j'avais lu avec passion l'ouvrage de Philippe Ariès, l'Homme devant la mort, Paris 1977. 

Une petite recherche dans le blog autour du mot clé cimetières confirme bien cette passion (de bien belles pages concernant tous ceux qui m'ont marquée). Aujourd'hui, s'ajoutent une inquiétude et un questionnement: que faire de mon corps quand je ne serai plus là? Pour le moment je n'ai pas la réponse, ayant été gravement échaudée par la visite du cimetière poitevin où repose ma belle-mère, sinistre ayant perdu ses cyprès, rongé par les mauvaises herbes, aux allées de petits cailloux gris et moches et aux murs de plaques de ciment grisâtres, cernés par les poubelles plastiques et les conteneurs de tri. Bref, une trahison des dernières volontés du mort. J'aimerais qu'on vienne sur ma tombe ou qu'on me trimballe dans une urne au gré des maisons de famille si tant est que cela ait toujours un sens! 

Ce petit livre de Guillaume Cuchet, même si il concerne surtout les cimetières  parisiens, donne envie de retourner une énième fois au Père Lachaise qui fut un véritable "laboratoire" du deuil romantique, on s'y promènerait après avoir relevé dans l'ouvrage, tout ce dont il est question, mais on irait aussi  sur les traces du cimetière des Innnocents et même à Saint-Denis où j'ai appris que le corps de Louis XVI avait été "découpé par un charretier qui lui ouvre la bouche et le ventre, celui de Marie de Médicis outragé, la barbe d'Henri IV coupée par un soldat" sans doute pour vérifier qu'aucune fleur n'y pousserait!  

Ce livre est bien écrit, très évocateur, on semble parfois se promener dans les allées des lieux les plus connus, il est aussi admirablement structuré et donne envie d'écrire! J'attends avec impatience la suite de l'ouvrage qui devrait évoquer les rites du deuil contemporain. 

Au musée d'Orsay on pourrait lancer une vaste exposition de toutes les œuvres qui évoquent la religion des morts comme la Toussaint 1888 d'Emile Toussaint (cf plus haut).


Enterrement à Ornans de Gustave Courbet 1849-50

Tombeau Lenoir, Emile Durandelle (1839-1917)

NB: Une exposition a déjà eu lieu concernant les derniers portraits du mort. (2002).

mercredi 6 mai 2026

GPS .....



9h30 heure de départ fixée, on est prêt, on sort ...

9h32 le propriétaire du GPS l'allume sur le pas du portail ....

9h34 il s'allume... lentement, il faut mieux être patient, appuyer pendant l'opération sur un bouton peut nuire gravement à son fonctionnement ou lui donner des envies de grève sur le tas! 

9h35 le parcours tracé sur Koomot lui ayant été envoyé à 9h15,  il est censé le télécharger! NB: on l'appelle Pépère car souvent il constitue le troisième larron de notre voyage, celui qu'on invective, qu'on insulte ou qui nous rassure, nous guide, nous dirige, nous accompagne nuit et jour.  Celui que l'on croit en toute circonstance même quand il foire grave! C'est la parole de dieu, Saint-GPS. La technologie ne peut pas se tromper, c'est impossible! 

9h40 ça vient pas 

9h45 toujours pas 

9h46 contrôle 

9h47 C'est bloqué, je me tâte pour m'asseoir parterre, je suis en PLS et lutte pour ne pas m'énerver. La bête est bien utile afin de rouler sans trop s'arrêter même si j'ai parfois envie de le jeter à la mer, dans une mare ou dans le fossé, le piétiner, l'écrabouiller. 

9h48 je rappelle que je connais le début du parcours et que le GPS pendant 30 minutes aura le temps de se caler sur les petites routes que l'on prend.  (ce n'est pas gagné car on ne sait toujours pas si c'est le bon trajet qui s'affichera) 

9h56 on part, au carefour à 500m on vérifie, toujours rien. 

10h , toujours rien. 

10h30, le Gps est en mode blocage, on ne s'affole pas plus que ça. La seule chose que l'on sait est qu'il ne sert à rien. Au moins il ne parle pas et  il n'insiste pas pour qu'on fasse demi-tour comme l'année dernière dans la montée d'un col, il n'arrêtait pas de signaler qu'on se fourvoyait. On avait donc changer de direction une demi-douzaine de fois avant de contrôler la carte. (Pépère avait été programmé à l'envers ... l'arrivée était devenue le départ ...) 

10h45 Je préfère  vérifier que nous sommes sur le bon tracé via mon téléphone. Tadddaah .... Je m'apperçois qu'on roule bien plus au nord, que mon flair itinéraire était fantaisiste par rapport à ce qu'on voulait réaliser. La carte, IGN, nous ramène sur le droit chemin! Mais Pépère n'a pas aimé ce qui l'a rendu maboule.

12h c'est bon, on est sur le bon parcours et le GPS FONCTIONNE, YEAH! ..mais trop tard on connaît par coeur la fin du voyage. 

Conclusion

Le Gps ne rend pas que c...Il faut éviter également de le renseigner avec les pieds (mea culpa), tenter de l'amadouer en lisant la notice, le contrôler régulièrement et ne pas prendre pour agent comptant tout ce qu'il propose. (Idem pour les applications sur téléphone, google Maps étant champion pour le fourvoyage). 

A la base l'erreur est toujours humaine.  



mercredi 22 avril 2026

Cul de sac !!!

Ainsi donc, dimanche nous avons décidé de faire une sortie longue à vélo afin d'explorer des contrées inconnues au départ de chez moi. 

Porcherie industrielle 

80km

Inconnues pas tout à fait car une partie du parcours nous est totalement familière, longues pentes verdoyantes, petits ruisseaux sur les bas-côtés, quelques hameaux rénovés et même construction d'une longue piste cyclable entre les deux bleds principaux de la collectivité territoriale, une innovation, à signaler et à féliciter, une vraie piste cyclable afin d'éviter les morts sur une route passante, encourager les migrations pendulaires entre le port et les lieux de résidence des travailleurs (?). Un trajet qui doit s'effectuer en 15 minutes à vélo électrique!

Mais ce n'est pas le sujet, au delà de notre zone de confort, sur une revêtement de goudron indigne, nous avons découvert le rural profond, celui des grosses exploitations agricoles : élevage de cochons, plantation de sapins Nordmann pour "la Noël", taureaux en plein champ, tracteurs monstres, silos distributeurs  de bouffe industrielle, une campagne qui commence à Kernevel et s'étend sur le nord de Quimperlé vers Saint-Thurien, Le Trévoux, Saint-Jacques, loin du tourisme de Pont-Aven par où l'on rentre. Les communes ne s'embarrassent pas de signalétique pour vtt ou pour vélo, les maisons sont modernisées afin d'héberger le paysan et sa famille, les autres à l'abandon. Qui irait louer un gîte rural à Tataouine-les-oies, loin de la mer, dans les odeurs de purins, d'épandage, de fiantes de poulaillers industriels ou de bouses (j'adore) ? 

C'est ainsi qu'après avoir gentiment pique-niqué sur un muret autour de l'église de Saint-Thurien, village désert à midi un dimanche, nous avons repris notre périple en suivant le magnifique tracé que j'avais réalisé sur Koomot et transmis au GPS (aga le gars qui sait).

Damned! 

Avons été bloqués à Kermestr, devant un immense portail au milieu de nulle part (enfin presque car la voie rapide n'est jamais bien loin) sans espoir d'entrer, de contourner, de franchir la muraille dûment signalée par le propriétaire, c'était interdit, fermé, la commune n'ayant pas cru utile de signaler le cul de sac !

Forcément il y avait abus et j'avais fauté! 

Difficile de tout vérifier sur l'application cartesIgn, véritable application de l'Institut Géographique National (vous pouvez balancer tout le reste généralement incomplet), pourtant ce qui semblait accessible sur Koomot ne l'était pas sur l'appli IGN! J'aurais pu repérer la faille... 

Et puis j'ai fouillé supputant un abus de pouvoir de la part du fermier et de la fermière. 

En réalité, ceux-ci n'ont fait que récupérer leur bien, protéger la propriété des importuns en fermant le chemin communal. 

Kermestr figure sur le cadastre de 1830, aucun chemin n'est tracé sur la carte en provenance du Trévoux, les communications se font vers le nord vers Kerjafret. On y arrive à pied ou à cheval, sur un sentier difficile. Rien n'a vraiment changé  en 1935. 

Cadastre napoléonien 1830

Cadastre 1935

Dans les années 70 avec le remembrement (et la PAC)  la ferme est reliée à Pont-Aven par le sud et au Trévoux par le nord-est; on la traverse allègrement. La liaison avec Kerjafré a disparu. 
En 1983 on traverse allègrement la ferme comme le montre la carte papier que je conserve religieusement. 
Ma carte 1983

En 2007, deux petits traits rouges barrent le chemin et indiquent que la traversée est interdite aux véhicules.  

ma carte en  2007



En 2018 le chemin est définitivement barré par deux traits noirs ce que n'a pas pris en compte Koomot! Le territoire est cadastré, le chemin et la cour centrale constituent la parcelle 125... Les paysans sont bien chez eux, il n'y a pas eu d'abus. Aujourd'hui l'usage des chemins est exclusivement réservé au propriétaire! 


ma carte la plus récente 2018
Cadastre en ligne

Restait à trouver une autre route... ce que le GPS a proposé! Je vous fais grâce des détails.... 

Quelle leçon tirer de cette merveilleuse aventure au pays des ploucs et des bouseux? D'abord ne faire confiance à aucune application même si celle-ci et surtout Koomot dont je suis fan absolue facilite l'aventure à vélo! 

Une seule source doit être votre bible IGN! L'appli est géniale, facile d'emploi. Elle propose même les circuits pédestres de randonnées. 

vendredi 3 avril 2026

Saint Fiacre

Route du Thélin Plélan-le-Grand, Saint Fiacre 


Je suis en train de nettoyer mon jardin, je désherbe avant qu'il ne soit complètement envahi. Je fais propre, propreté toute relative, après mon passage, c'est loin d'être nickel, totalement nu, il subsiste des feuilles, des mauvaises herbes que je considère comme insignifiantes. Pour tout éradiquer façon therminator, il faudrait y passer des heures (RIP le désherbant).  Pourvu que de loin, la mer se voit, que les graviers semblent blancs, que les buis soient maîtrisés et qu'il reste un peu de sauvagerie: des ronces, quelques genêts, des ajoncs, des pâquerettes, les tiges d'herbes folles desséchées lesquelles, depuis des mois,  résistent au vent. J'ai décrété que les fleurs de pissenlits étaient belles et qu'elles resteraient entre les dalles d'ardoises. 

Bref, j'évolue de renoncement en renoncement, laissant peu à peu la végétation gagner le combat contre la minéralité du gravillonnage et la perspective maritime totalement dégagée. 

Je jardine laissant mon cerveau vagabonder. En ahanant le taille haie à la main, je songeais à Saint-Fiacre à Plélan-le-Grand (Ille et Vilaine), lieu-dit, route du Thélin, où mes grands-parents, ma mère et sa soeur ont vécu après la première guerre mondiale jusqu'à ce que le propriétaire récupère la maisonnette. 

Toute mon enfance, lors des repas de famille, ils évoquaient Saint Fiacre, lieu de bonheur et de rire, de chansons braillées à tue tête, et de blagues pipi-caca-popo! Saint-Fiacre c'était le bonheur et mon père ricanait en faisant tss tss entre ses dents. Jusqu'à aujourd'hui je n'ai jamais eu  la curiosité de lire la biographie du saint! 

CQFD! 

Le hasard fait bien les choses car j'apprends que  fort apprécié de son vivant, Saint-Fiacre est vénéré comme saint patron des maraîchers et des jardiniers  (accessoirement des cochers et des chauffeurs de taxi). Ses attributs sont la pelle et la bêche tandis que je pratique la raclette, la binette et le râteau!  Saint Fiacre cultive les plantes médicinales afin d'exercer ses talents de phytothérapeute auprès des pèlerins notamment ceux atteint du " fic " ou mal de Saint-Fiacre.Il est invoqué en cas d'hémorroïdes! Il exerça sans aucun doute avec succès puisqu'il a laissé son nom à deux anciens laxatifs, « l'herbe de Saint-Fiacre » (Verbascum thapsus, molène commune) et le « Fiàkerpulver » encore connu aujourd'hui des Autrichiens. Ainsi donc mon grand-père Emile, préparateur en pharmacie, roi des préparations, vivait près d'un saint qui aurait bien pu être aussi celui des pharmaciens! 

Coïncidence! 

Le jardinage fait gamberger, pour sûr ... autour d'histoires qui finalement ont peu de rapport! 

Prochain épisode: La maisonnette 

PS: à la rubrique jardinage, vous trouverez de nombreux billets témoignant de mon addiction à l'activité mais également de l'appauvrissement en fleurs de mon jardin! Il n'y a plus que des pâquerettes et du vert! (et du lierre ) On se demande comment la mare n'est pas encore comblée! 





samedi 14 février 2026

Regis

Un mois de vacances en Mercury


"Chers tous 

Le 3 octobre 1955

Tout va bien, sommes en Georgie après avoir traversé les terres basses du Mississipi et de l’Alabama. N’empêche que samedi soir dans une boîte de nuit avant Méridian (Mississipi) alors que nous dansions il y eu une descente de police exprès pour nous, c’est à dire Valgas et moi. (De marbeuf étant hors de cause) Fouilles, palabres. Puis ces 6 messieurs disparurent en s’excusant. Ceci nous procura un succès inespéré pour le reste de la nuit..depuis que la direction de l’établissement nous ai  expliquer le pourquoi de l’affaire. Ils pensaient que nous étions porteurs d’armes (quand l’un de nous allait danser il passait discrètement son portefeuille à l’autre, c’était là le secret de l’affaire). 

Le 4 octobre

Pour la première fois j’ai fait une erreur sur la carte et alors que nous devions entrer en Caroline du nord nous sommes retournés 20 miles en arrière. Ce n’est pas trop désespérant parce que le pays est magnifique mais ça nous fait perdre du temps et hier j’ai reçu une lettre à la poste restante d’Atlanta me signalant un meeting à faire pour le Farm bureau le 10 prochain. Avons encore 1500km à faire avec les visites, va falloir faire vinaigre. Allons rentrer dans les Smocks Mountains (fin des Appalaches ) C’est un pays tout en collines couvertes de forêts qui commencent à rougir et jaunir. C’est très beau 

Nous venons de faire le magasin de l’Indian réservation mais c’est cher tant pis!

Je vous embrasse très fort Régis. "


Régis est décédé fin janvier 2026, il allait avoir 96 ans, une belle vie, sans vraiment de problèmes de santé. Il continuait à conduire afin d'aller sur la place du village boire un petit café avec ses copains. 

Entre février 1955 et février 1956, il a vécu aux Etats-Unis dans une ferme dans le Minnesota près de Winona. Il avait 25 ans! Une expérience qui marque une vie. 


(Régis écrivait bien sans faire vraiment de fautes d'orthographe, je n'ai rien corrigé). 

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