vendredi 6 novembre 2026

Emile à la guerre.

 Dans son premier carnet de compte qu’il reprend après la guerre en septembre 1919 après l’avoir abandonné en octobre 1913, date de son incorporation, Emile écrit, au bas de la page délaissée en 1913, « incorporé le 9 octobre 1913, j’avais 1050 francs, libéré le 29 août 1919 j’avais 1311 francs. Les dépenses ont été égales aux recettes: bénéfices= 250 francs »  . 

Il arrive à Plélan le 5 septembre 1919 avec 1300 francs. Il reprend les comptes. 


J’ai trois photographies d’Emile pendant la guerre, les trois portent un numéro en couleur collé en travers au dos:

  • celle du conseil de révision numéro 59477
  • Celle où il est debout devant une cabane Adrian numéro 59478
  • celle où il regarde fièrement le photographe le numéro 59474





 



Ce numéro correspond à une référence d’édition ou de tirage d’imprimeur ou au numérotage de la plaque photographique par le studio. C’est un numéro d’ordre interne attribué par le photographe ambulant ou le studio de ville afin de classer les clichés commandés par les soldats ou les familles.
Ces trois photographies ont probablement été tirées ensemble mais hormis celle du conseil de révision, je n’ai que des hypothèses sur la datation des deux autres. 




59474


Cette photographie ci-dessus porte le numéro 59474 de la série conservée,  on ne peut pas vraiment dater ce cliché. 

Emile se fait photographier en studio, la bordure derrière lui en témoigne mais il est dehors ou le photographe a très astucieusement dispersé des feuilles d’arbres sur le sol afin de faire plus vrai.
Emile semble plus âgé que sur la photographie du conseil de révision, il est moins maigre et il porte fièrement la moustache qu’il conservera toute sa vie. Il semble plus chauve qu’il n’était à 20 ans. Le cliché a pu être pris lors d’une permission, il en a eu peu, peut-être lors du décès de sa mère en 1917. 

Emile pose fièrement devant ce décor dans son uniforme d’affectation avec les épaulettes à corps et tournantes rouges et franges blanches, on ne peut rien dire sur les boutons spécifiques, au nombre de 7. On ne distingue pas de caducées sur les pattes de collets.

L’uniforme est simple et ne semble pas correspondre à ce que l’on a donné aux soldats en août 14. Sur la photographie on identifie une tenue dite « réséda » expérimentée en 1911, du nom de la plante qui permet la teinture gris verte du drap. Une tenue simple, pratique hygiénique et peu couteuse débarrassée de ses attributs trop brillants et trop voyants (le fameux uniforme "bleu horizon"), cette tenue testée dans de nombreuses casernes dès 1911 fut  abandonnée par la commission après avoir subi de nombreuses critiques, elle fut ensuite relancée en 1913. 

(http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/uniforme1024.htm)

Lors de son incorporation en octobre 1913, Emile reçoit un certain nombre d’effets de « toute nature », tout ce qu’un soldat de deuxième classe obtient y compris deux  armes,  un fusil et un sabre. Chaque effet est évalué: neuf (N), ayant déjà servi (B) ou de la collection d’instruction (I). Visibles sur la photographie: 

  • Un pantalon d’ordonnance de soldat,  neuf 
  • Une veste en drap de soldat,  neuve, sur laquelle repose les épaulettes, deux poches de hanche à rabats, fermée par 7 gros boutons  
  • des épaulettes neuves
  • des chaussures il s’agit des chaussures que tout fantassin recevait également (pas à l’inventaire d’Emile)  

Mais il reçoit également, le tout étant porté ou contenu dans le sac à dos ou le havresac: 

  • Une paire de brodequins neufs de modèle 1912 à 7 oeillets, 
  • Des jambières de cuir 
  • une capote ou manteau, neuf
  • Un képi de première tenue de soldat, neuf 
  • pantalon de toile ou de treillis NC
  • Des bretelles, neuves 
  • Une bretelle de fusil 
  • Un ceinturon, neuf
  • Un havresac 
  • Un porte épée baïonnette 
  • Mais également : une boîte à graisse à deux compartiments 
  • une boite en bois renfermant six aiguilles et une galène emmanchées, un bonnet de police (ou calot),  un bougeront de toile, des bretelles de pantalon, un brosse à boutons, une brosse à habits, une brosse à laver, une brosse double à chaussures, une brosse pour armes, trois  caleçons (deux neufs et un de la collection d’instruction), deux  calottes de coton, deux ceintures neuves de laine ou de flanelles, trois  chemises dont deux neuves, des ciseaux de petite monture, une courroie de capote,  deux cravates ou col, une cuiller, un dé à coudre et une paire d’épaulettes, un étui musette, une fourchette, une gamelle individuelle, un martinet, 3 mouchoirs de poche, une patience, un peigne à débarrasser, un sac de petite monture, deux  sachets pour vivre de réserve, trois serviettes, une tasse ou quart et une trousse vide. 


Il n'est pas question dans cette liste constituée lors de son incorporation en octobre 1913 de matériel spécifique pour infirmier. Ce n'est qu'au début de la guerre qu'il est affecté dans une Section d'Infirmiers militaires -SIM-  et son ambulance.  

L’armée manque de moyens adaptés. Douze corps d’armée seulement sur 21 ont pu mettre en place une SIM. Il s’agit alors de ramener à l’arrière les blessés afin de ne pas encombrer la zone de manoeuvre ce qui est catastrophique pour eux! 

On dénombre 482 ambulances, 351 sections d’hospitalisation et 92 groupes de brancardiers au début de la guerre. 


Emile est affecté à une ambulance de la 10ème section des infirmiers militaires en août 1914 près d’Amiens. Une infirmier est contraint de participer au transport des blessés, il monte en première ligne. 

Le parcours d’un homme appartenant à une SIM est un des plus difficiles à établir. 




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