mardi 7 septembre 2010

Purge, Sofie Oksanen

Ce n'est pas ce que vous croyez, non non mais le titre d'un livre au succès phénoménal dans son pays d'origine et en Europe où il est traduit, un livre que je lis car les critiques sont unanimes . (Oui je lis toutes les critiques qui me tombent sous la main car disposant de peu de temps et n'ayant pas envie de dépenser trop d'argent à l'achat de merdes livres médiocres, je tente un tri mais j'apprends à me méfier car il y a souvent de la complaisance). 
C'est un livre que je ne lâche pas puisque l'intrigue est très bien menée et nous tient en haleine, (cela me change des derniers bouquins lus qui m'ont profondément ennuyés, notamment ceux de Philippe Kerr).
Le sujet est passionnant mais l'accroche est racoleuse, c'est ce qui me gène le plus: le sujet des filles de l'est prostituées à l'ouest est un grand classique qui suscite un certain voyeurisme. Sans doute aurait-on pu s'en passer. Makine n'a pas eu besoin de sexe afin d'évoquer dans le testament français son histoire et celle de sa grand-mère sur les bords du fleuve Amour. (Certes, aujourd'hui je trouve que ce récit a vieilli, l'ayant conseillé à une lectrice qui a été déçue, une rapide relecture m'a montré à quel point il était difficile pour un écrivain d'écrire un texte littéraire pérenne qui ne finisse pas quelques années plus tard à la poubelle).
Cela étant, dans Purge, l'histoire de l'Estonie depuis 1939 vue à travers les yeux de deux soeurs est remarquablement racontée. L'auteur trouve le ton juste et décrit à merveille les fermes, l'étable, la traite des vaches, les confitures, l'odeur musquée, répugnante des hommes mal lavés, grossiers et violents. On imagine les plantes séchée,s étalées dans la maison par Aliid, son visage ridé, la sueur qui perle au dessus de sa lèvre, son asthme. 
Le récit de ces vies broyées par la grande machine de l'Histoire soviétique (gnagnagna)  explique aussi le succès de l'ouvrage. On découvre ainsi ces pays baltes, ballotés entre leur puissants voisins.
A lire sans aucun doute. 

vendredi 7 mai 2010

Prague


J'ai fait un rêve... fou qui s'avère être à la conjonction de plusieurs évènements.
J'ai passé une partie de ma nuit en gros 4X4 militaire blindé, (exactement comme sur la photographie), pas chauffé, avec mon époux, ma fille et un ami (en galère hier dans les trains du sud-est) à tenter de rallier Prague et la France  de nuit via la Pologne (?) puisqu'il n'y avait plus de vol! Je pensais mettre 2h mais la réalité nous a vite rattrapés et en me réveillant, je réalisais qu'il me fallait plus de dix heures surtout en roulant doucement compte tenu des accidents comme celui, inexplicable, où nous avons percuté,  dans une rue,  le long d'un bourg, la proue d'une barque bleue et blanche posée sur sa remorque qu'un homme à la casquette de marin vissée sur le crane sortait de son garage à reculons. Il y avait des débris de phare de voiture  sur la chaussée mais à l'évidence notre véhicule n'avait rien et nous avons continué notre périple sur une route étroite et en travaux, coupée par des chicanes dont nous percutions régulièrement les barrières en plastique posées là pour prévenir. Nous faisions étape dans des auberges de jeunesse, au confort spartiate mais chaleureux où les femmes étaient très belles, grandes, blondes, juchées sur des chaussures à semelles compensées dont les volants des jupes balayaient l'air de droite et de gauche. Notre ami, de manière incongrue, nous avait rejoint dans un patelin proche des  forêts de Bohême. Le rêve était paisible, nous prenions notre mal en patience mais il y avait un air de fin de guerre et d'apocalypse, entre chien et loup, humide, boueuse et enneigée.
Mon imaginaire a cumulé tous les évènements du week-end: l'absence d'avions dans le ciel, -plus aucune trace comme le dit si justement Olivierdemontreal-, les photographies des voyageurs avachis dans les aéroports sur leur bagage, prenant leur mal en patience, la bannière du blog de CdM, l'AG2R dans la baie et sa myriade de voiles et de bateaux de toute taille sous un soleil de plomb, juste rafraîchi par une brise que j'imaginais bleue, mon futur voyage à Prague (je suis sensée partir lundi pour une semaine) et enfin le livre que je suis en train de lire, tout à fait épatant, roman mêlant la vérité historique et la vie de son auteur, HHhH de Laurent Bidet, (un livre d'une autre envergure que le minable Jan Karsky de Yannick Haenel, pompage lamentable du film de Claude Lanzmann et des mémoires du résistant polonais, dont la troisième partie mal écrite m'a écoeurée littéralement avant même la polémique autour du bouquin).
Pour une fois que je ne me réveillais pas en peur et en sueur, j'ai trouvé l'ensemble cocasse et étrange. 

Prague, c'est prout!


L'expression rime presque! Elle est très con, j'en conviens! C'est une ville sans problème, calme, tranquille, touristique!
La ville  est entièrement dédiée aux promeneurs curieux! Le centre est dépeuplé, sans voiture, on n'en voit que le côté kitsch, baroque, sous cloche. Il n'empêche, elle reste une destination très intéressante pour qui dispose de peu de jours de vacances et pour qui peut partir de Paris!
A tout prendre, je préfère Berlin qui conserve encore des quartiers peuplés et vivants (mais plus pour longtemps, de nombreux immeubles sont achetés et transformés en bureau pour assurance ou pour banque). Cela dit, la capitale allemande vibre encore de son passé de guerre froide, et même de toutes les guerres du XXème siècle. 
Prague, les bons plans.
D'abord, on dit République tchèque et non Tchéquie! Notre guide n'a cessé pendant deux jours de prononcer avec délectance ces deux mots en insistant sur chaque syllabe. C'est vrai quoi! On n'est plus au temps des Soviétiques et même si le président de la République tchèque reste un euro-septique (à bas l'Europe mais merci  les sous....) il n'en reste pas moins que c'est une démocratie qui n'a pas encore succombé aux sirènes d'un nationalisme exacerbé. 

Le transport
J'ai découvert les avantages de la compagnie Easy Jet: moins cher, ponctuelle, efficace pour évacuer des bagages qui sortent des soutes en moins de dix minutes. (Je me souviens avoir attendu plus de 40 minutes en provenance de Lorient à Orly avant de pouvoir récupérer ma valise). L'aéroport est à 25 minutes du centre de Prague par  une autoroute qui passe en haut de la place Venceslas! 

Les hôtels
Il y en a plein, prendre si possible quelque chose en bordure de centre-ville pour tout faire à pied, au pire en tram.... Prévoir des mousses pour les oreilles pour les chambres sur l'autoroute qui est en pleine ville et le long de laquelle on trouve de nombreux hébergements bon marché. Je pense que ceux situés sur la colline proche du château sont plus tranquilles!
Dans les petites villes, on peut opter pour les pensions! 

La bière
Abuser des bières, repérer si possible les brasseries, très sympathiques qui en offrent une très grande variété dans un cadre chaleureux.

Un guide
C'est la première fois (hormis à Fès) que je suivais un guide, c'est sympa surtout lorsqu'elle est cultivée et n'hésite pas à raconter des histoires qui ont captivé nos élèves. Il y en a en pagaille avec des groupes grands ou petits, voire même avec de tout petit groupe de quelques personnes. Certains optionent pour la calèche ou la vieille automobile se fichant comme d'une guigne d'être ridicules. On a aussi croisé l'armée américaine refaisant avec des vétérans la visite de la ville comme  en 1945.

Les visites
Ce sont surtout celles des rues et de l'architecture car il y a peu à voir dans le château et les églises sont toutes surchargées d'or et d'argent dans le style renaissance ou baroque.
La campagne est magnifique et semble bien vide puisque l'habitat est groupé dans des villes ou villages perchés sur les collines autour de leur château, de leur église et de leur charmante place.

HHhH

C'est effectivement un premier roman épatant. Il a réussi à me faire rire et la position du romancier relatant un fait historique est très intéressante. Rien à voir avec l'ouvrage de Haenel (Yan Karski) pâle copie de tout ce qu'on put faire d'autres, trop pédant à mon goût. Rien à voir non plus avec le pensum les "bienveillantes". Laurent Binet donne le sentiment de ne pas se prendre trop au sérieux, il ne cherche pas à nous faire la leçon ni la morale, mais il élabore un récit riche, très renseigné scientifiquement et passionnant. Il réussit à créer une ambiance autour de trois points de vue, celui de l'historien, du romancier et de l'autobiographe. 
En plus, et sans vouloir en rajouter sur mon voyage en République tchèque,  l'assassinat de Heydrich dont il est question se passe à Prague. Ce fut donc un excellent roman pour occuper les longues heures de car et me mettre dans l'ambiance.

mercredi 31 mars 2010

Steinbeck et Harrison

Dans ma petite librairie préférée, j'ai acheté en livre de poche un ouvrage de John Steinbeck, Il était une fois une guerre.... Voilà très longtemps que je n'avais pas lu de livre de cet auteur que j'avais adoré étant adolescente : Des souris et des hommes (1937) et surtout A l'est d'Eden (1952). Je n'ai rien lu d'autres de lui.
Tout m'incitait à acheter ce petit bouquin: le souvenir de mes lectures de jeunesse, la couverture qui présente une photographie de GI'S débarquant à Salerne en 1943 et, depuis plusieurs semaines, l'absence d'ouvrage qui prend les tripes et que vous ne pouvez plus lâcher. Je suis saturée de polars nordiques et trop de livres récents sont fades, mal écrits, tellement ennuyant que je m'endors aussitôt dès les premières lignes.
Renouer avec la littérature américaine pourquoi pas!
Les dépêches du correspondant de guerre John Steinbeck pour le New York Herald Tribune en 1943 sont de courts articles écrits à la hâte ou téléphonés par-delà l'océan. Ils relatent la vie très largement édulcorée et censurée des soldats en Angleterre, en Afrique et sur le front italien. Ils entrent en résonance avec tous les documentaires, tous les films et toutes les photographies que l'on a pu voir concernant la seconde guerre mondiale. Conscient du rôle qu'il joue pour le front intérieur, Steinbeck évite toutes les horreurs insensées et met l'accent sur l'oubli de soi, l'héroïsme, l'intelligence et la bonté, l'objectif étant de taire aux yeux de l'arrière ce qu'était réellement la guerre. Pour l'auteur qui rédige la préface en 1958 alors qu'il se décide à les publier, il s'agit de "contes de souvenirs confus de temps à jamais révolus...". J'ai particulièrement aimé ce qu'il raconte concernant l'Afrique du Nord ou l'Italie, les descriptions qu'il fait de l'attente des pilotes avant de partir en expédition au dessus des villes allemandes, les débarquements sur les plages de Sicile, la reddition des Italiens.

Je poursuis avec le dernier ouvrage de Jim Harrison dont je suis fan et pour le moment pas du tout déçue bien que les états d'âme d'un vieux de 60 balais me soient étrangers. Je vous en dirai plus à la fin de son "road movie" ...

mardi 16 mars 2010

Le gourbi..

Mes amis sont des pros  de l'hésitation, du "entre les deux mon coeur balance", du "p't ben que oui, p't ben que non", du "oui pourquoi pas, mais non", du "je ne sais pas, j'hésite", du " tu crois, tu es sûr?", " du oui, mfff, oui, en fait non", des décisions qui prennent des heures, qui une fois qu'elles sont prises sont changées, et ça c'est génial!
Ben oui quoi, quand on ne vit pas avec, c'est fabuleux et super rigolo...(J'en connais un qui tranche plutôt dans la minute, mais c'est pour changer six mois plus tard, le jardin, par exemple, est donc à géométrie variable)(1).

Ce sont aussi des pros du gourbi. Un gourbi c'est un lieu où tout traîne, où ils ont gardé les vieilles portes dégondées car elles ont une jolie moulure qui rappelle les fastes d'antan, les vieilles portes-fenêtres avec un jour de trois à quatre centimètres qui laissent passer les vents froids de l'hiver, les murs délabrés parce qu'ils ne savent pas quelle couleur et quelle texture choisir, la tommette super jolie autrefois qui a conservé quelques beaux restes mais que l'on devine à peine, le bas de plafond, la baignoire sabot et son évier écaillé, le sombre, le pas clair, le froid surtout en hiver, et le frais en été, le pan de mur dont on a gratté la vieille tapisserie il y a plusieurs mois sans achever le travail et le tout avec un joyeux bordel: la table à repasser qui trône au milieu de la pièce, la vieille chaise devant l'ordinateur dernier cri, le beau meuble à prix d'or et la planche à roulette du fiston, le vélo, les tonnes de papier cul en stock, le baril de lessive, les montagnes de linge en attente de repassage, la vieille poussette dont personne ne se sert mais "on ne sait jamais".
Le gourbissage (action de mettre en gourbi) est contagieux, ils ont un ailleurs où dort une magnifique  caravane pour jouer dedans ou dépanner quand on manque de places pour dormir, voir stocker les pots de peinture, les transats et les chaises de jardin. Et pourquoi pas pour commencer un dépotoir du plus bel effet! C'est le jeu des vases communicants, débarrasser la maison de tous les jours en délocalisant les encombrants!

C'est tout un art ..... mais ils ont le chic pour faire tout ça en un instant, ce sont des pros et c'est du grand art! Du très grand..... Chapeau bas! D'ailleurs je reçois à l'instant un témoignage édifiant: "une des vitres de la porte qui sépare mon gourbi en deux s'est brisée après un courant d'air, et  maintenant, à mon bureau, j'ai le plaisir d'avoir les conversations des filles et la musique de leur ordi dans les oreilles.  Bref, si je ne veux pas que cela dure 10 ans, soit je m'inscris à un cours de bricolage, soit je pète les 3 vitres restantes, qui ont d'ailleurs déjà été rescotchées par les anciens proprios il doit y avoir à peu près 25 ans. B. craquera peut être...Compte tenu de mon emploi du temps, j'envisage plutôt le deuxième solution (NB tout péter)".

Mais il y a dans la vie des choses plus importantes que le décor et le rangement! C'est vrai, on peut vivre en gourbi pour peu qu'il y ait une cheminée pour lire devant, un lit confortable, un chauffage minimum et la possibilité de prendre un bain (ben oui parce que quand ça caille, à moins de pousser la chaudière comme un forcené, le bain très chaud est une bonne solution pour se réchauffer avec un thé brûlant), le reste a somme toute peu d'importance!
(1) Aux dernières nouvelles, ils viennent avec nous en Roumanie après 4 mois d'hésitation. 

lundi 1 mars 2010

Merveilleuse Ariège


Un des grands plaisirs des vacances à la neige n'est pas de faire du ski. Ayant appris très tard ce sport de glisse, vers 20 ans, je ne suis pas très à l'aise. J'ai peur de la pente, j'ai peur d'aller trop vite, et maintenant, j'ai peur de me blesser et notamment de me bousiller un genou, de ne plus pouvoir courir. Ce serait vraiment ballot pour deux jours de glisse ne plus pouvoir galoper sur le chemin côtier!
Pourtant j'adore y aller en février car nous y faisons des randonnées. On ne s'encombre pas de raquettes, beaucoup trop lourdes à porter quand la neige a fondu en  vallée, et surtout quand un ou deux courageux font la trace à l'avant de la colonne! Il n'y a plus qu'à mettre ses pas dans les pas du compagnon de route!
Cette fois encore nous sommes montés à flanc de montagne pour les estives, le plus souvent dans les feuilles de l'automne. La neige arrive brutalement vers 1800m, lourde, humide, c'est une neige de printemps, déjà, aux grains qui se détachent et mouillent les croquenots en profondeur. 
Sur le plateau, le vent est froid, violent et le seul refuge est la cabane du berger préparée pour l'hiver par quelques afficionados qui savent que personne d'autres n'ira boire les deux ou trois bouteilles d'apéritif laissées pour les week-ends. Il y a la couche en bois et paille,  le stock de fagots et de bûchettes, tout ce qu'il faut pour griller les saucisses sans se brûler les doigts, il manque juste la moutarde! Faute! 
Les murs de notre modeste gîte ont été consolidés pour mieux passer l'hiver, les principaux trous ont été bouchés, laissant les petits faciliter la prise d'un feu de bois bienfaiteur, clair et vif, passé l'enfumage nécessaire et garanti. Rapporter des vêtements qui fleurent bon la fumée est la marque de fabrique de nos vacances à la montagne! Pour la nuit, il est préférable d'être équipé d'un très chaud sac de couchage car la température ne doit guère dépasser les 0° et il faut se protéger des insectes en tout genre qui profitent de la chaleur du feu pour se réveiller. 
La descente est sublime!
 
 

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