Une fois n'est pas coutume, je viens de lire avec plaisir La religion des morts. Comment le XIXème siècle a inventé le deuil moderne de Guillaume Cuchet (Seuil. L'univers historique Paris 2026, 286 p.)
Un vrai livre d'Histoire qui se lit comme une histoire pour qui se complet dans les cimetières et aime tout ce qui touche de près ou de loin aux rites du deuil. Cette lecture fut l'objet d'un plaisir renouvelé lorsque, étudiante, j'avais lu avec passion l'ouvrage de Philippe Ariès, l'Homme devant la mort, Paris 1977.
Une petite recherche dans le blog autour du mot clé cimetières confirme bien cette passion (de bien belles pages concernant tous ceux qui m'ont marquée). Aujourd'hui, s'ajoutent une inquiétude et un questionnement: que faire de mon corps quand je ne serai plus là? Pour le moment je n'ai pas la réponse, ayant été gravement échaudée par la visite du cimetière poitevin où repose ma belle-mère, sinistre ayant perdu ses cyprès, rongé par les mauvaises herbes, aux allées de petits cailloux gris et moches et aux murs de plaques de ciment grisâtres, cernés par les poubelles plastiques et les conteneurs de tri. Bref, une trahison des dernières volontés du mort. J'aimerais qu'on vienne sur ma tombe ou qu'on me trimballe dans une urne au gré des maisons de famille si tant est que cela ait toujours un sens!
Ce petit livre de Guillaume Cuchet, même si il concerne surtout les cimetières parisiens, donne envie de retourner une énième fois au Père Lachaise qui fut un véritable "laboratoire" du deuil romantique, on s'y promènerait après avoir relevé dans l'ouvrage, tout ce dont il est question, mais on irait aussi sur les traces du cimetière des Innnocents et même à Saint-Denis où j'ai appris que le corps de Louis XVI avait été "découpé par un charretier qui lui ouvre la bouche et le ventre, celui de Marie de Médicis outragé, la barbe d'Henri IV coupée par un soldat" sans doute pour vérifier qu'aucune fleur n'y pousserait!
Ce livre est bien écrit, très évocateur, on semble parfois se promener dans les allées des lieux les plus connus, il est aussi admirablement structuré et donne envie d'écrire! J'attends avec impatience la suite de l'ouvrage qui devrait évoquer les rites du deuil contemporain.
Au musée d'Orsay on pourrait lancer une vaste exposition de toutes les œuvres qui évoquent la religion des morts comme la Toussaint 1888 d'Emile Toussaint (cf plus haut).
| Enterrement à Ornans de Gustave Courbet 1849-50 |
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