mercredi 28 mars 2012

Un village français


Saison 4, le retour et en fanfare.
On est en été 42, au moment des grandes rafles contre les Juifs.
Le téléfilm et sa mise en scène remarquable, ainsi que le jeu excellent des acteurs que l'on connaît depuis le début,  permettent de mieux comprendre l'état de sidération des Juifs raflés, le haut respect qu'ils portent à la France sans jamais imaginer le pire, faisant confiance dans les valeurs que le pays a longtemps prônées, qui ne sont malheureusement plus celles du régime de Vichy. Les habitants eux-mêmes ne comprennent plus! On peut relire pour comprendre cette incertitude qui fait tout accepter, le journal d'Hélène Berr.
J'ai aimé également comment on peut, sans être un grand résistant, faire acte de résistance lorsque, par exemple, le chef flic découvre l'imprimante de l'instituteur et l'autorise à l'enlever sans le dénoncer. 
Ce sont à des détails aussi bien rendus qu'on reconnaît une grande série et que l'on peut sans problème la conseiller aux jeunes et aux moins jeunes! 
Je recommande aussi l'article de Télérama qui publie un entretien de Violaine Bellet spécialiste de la psychologie appliquée aux créations de fictions, qui nous éclaire sur les travers des uns et des autres, et surtout sur le fait que nous sommes tous des psychopathes en puissance. Les femmes "prennent dur" mais dans le contexte de l'époque, elles n'ont guère de choix et pratiquement aucune liberté. 

mardi 27 mars 2012

Les faits divers.


Je me tâte pour me séparer d'un journal du matin, le Monde ou Ouest-France? Le journal du Monde est déjà un brin vieux quand il arrive dans ma boîte aux lettres vu qu'il est sorti la veille à midi à Paris, quant à Ouest-France, les articles de fonds sont de plus en plus légers et la rubrique des chiens écrasés prend de plus en plus de place! Mais ce n'est rien en comparaison du Télégramme, bien qu'un peu moins catho coincé que le Ouest-France et plus objectif question école publique ....
Samedi, c'était un festival à la page Bretagne entre les bigoudens de Nono, la sagesse inspirée,  et l'aventure du caïman au secours d'un marin russe (avant de me plonger dans la lecture de cette information oh combien palpitante, je me suis un instant demandé comment un caïman court sur pattes, aux mâchoires traditionnellement hostiles pouvait secourir un marin accidenté! J'ai donc appris qu'un caïman est un hélicoptère de la Marine nationale). Par ailleurs, bien mis en évidence, on apprenait, tenez-vous bien âmes sensibles, qu'une gastro avait grandement perturbé une classe de découverte à Penmarc'h.... Les gnenfants ont été  transportés à la capitale locale, au CHR, par d'importants moyens, puis hospitalisés, certes provisoirement.... ( ça nous change des bruits toulousains!).
J'imagine le journaliste en mal d'infos sur sa commune, écumant les latrines des colonies de vacances, respirant le trou du cul des vaches pour mesurer le CO2, soulevant les rochers à la recherche de bigorneaux assassinés, guettant les horizons en appelant de ses voeux une marée noire qui le propulserait sur la scène journalistique internationale! Que nenni! Il n'avait qu'une déripette carabinée à se mettre sous la dent, excusez du peu! 

Aparté: joli proverbe appris aujourd'hui, "trop gentil n'a qu'un oeil".
Aparté 2: mon crapaud préféré, dubitatif après la lecture de la presse.

lundi 26 mars 2012

Les têtards


Lorsqu'on vit à la campagne enfant, il y a des rituels saisonniers auxquels on ne coupe pas: ramasser les primevères et les violettes en février ou mars, les coquelicots et les marguerites en été, faire de la luge les rares fois où il neige en Bretagne dans les rues en pente, sur une vulgaire planche de contre-plaqué, jouer au jokari ou au badminton jusqu'à pas d'heures les longues soirées de juin, ou aller à la pêche aux têtards.
La première étape consistait à repérer la mare où ils pullulaient, puis le bocal suffisamment grand pour en mettre le plus possible. La deuxième étape devait permettre d'en garder vivants très longtemps afin d'observer les métamorphoses. Généralement, le trop plein pourrissait, et tout finissait à l'égout ou sur le fumier au fond du jardin. Quelque fois, on obtenait sur les quelques survivants quelques pattes arrières mais guère plus.

Une année, dans très peu d'eau, j'ai réussi à obtenir une mini-grenouille, vraiment minuscule, de la taille d'un grain de café. Elle avait tout, ses quatre pattes et perdu sa queue, elle se tenait fièrement sur son rocher. Je n'ai jamais su de quoi elle vivait et si elle a survécu car au retour des vacances elle avait disparu. 

Dans la mare du jardin, malgré le désherbage il y a des milliers de têtards, mais je sais par expérience que d'ici deux semaines il n'y en aura plus un seul et pas de grenouilles pour autant, ni de crapauds. Ces derniers se sont tus il y a trois ans, depuis c'est silence radio en juin, pourtant tous nous aimions les entendre chanter au coucher du soleil!

vendredi 23 mars 2012

L'école

 Quand j'étais petite, nous vivions à la campagne, dans un joli village de pierres grises ramassé autour de son église. La modernité avait fait que le cimetière qui l'entourait avait été rasé, remanié, déplacé hors du village,  près de la croix de mission. Les cantonniers n'avaient pas bien nettoyé le vieux cimetière car des fémurs, des péronés et sans doute quelques morceaux de mâchoires ressortaient régulièrement le long du mur de l'église, dans la mousse verte de la terre battue. C'était un plaisir d'aller à la pêche et cela ne m'étonnait pas plus que ça! Nos trouvailles servaient la science puisque cela permettait à ma mère, institutrice du certificat d'étude de montrer de vrais os! Elle gardait une boîte remplie de mandibules, dents, phalanges, tarses et métatarses.
Nous habitions l'école communale, la grande, celle des grands, à l'époque, déjà mixte. On pénétrait dans le logement de fonction par deux marches de granit que surmontait un joli rosier grimpant, aux fleurs énormes, roses, très odorantes. Il fleurissait longtemps, ployant sous le poids des pétales. A droite, on entrait dans la classe, vaste avec son poêle, ses cartes de géographie aux murs, son plancher gras et noir, les tables et le bureau de ma mère derrière lequel j'adorai m'asseoir. Une fois, je devais avoir trois ou quatre ans, les gars de 14 ans restés en étude, de solides gaillards hilares, m'ont demandé d'ouvrir le tiroir où ma mère avait rangé une photographie de pin-up, confisquée. J'avais obtempéré, montré le trophée à toute la classe, complètement excitée, ma mère m'avait surprise et était parti d'un grand éclat de rire ... Ce fut ma première pin-up, en bikini, culotte jusqu'au nombril et soutien-gorge balconnet aux seins pigeonnants. Je vois encore la silhouette sage, jambes croisées, adossée à un mur, je me suis longtemps demandée pourquoi elle avait pu faire scandale, habituée que j'étais à voir ma mère se bronzer sur la plage de Bon-Secours à Saint-Malo. (Il se peut aussi qu'elle ait été seins nus, voire toute nue, mais ma mémoire est à ce sujet très sélective).

A droite, on pénétrait dans la cuisine du logement, qui comprenait un lavabo à eau froide, une table et cinq chaises, un magnifique buffet orné de vitres à décor floral délicat, qui furent remplacées par un affreux vitrage vert le jour où ma mère (ou mon père, je n'ai jamais su) avait balancé la cafetière contre une des portes lors d'une dispute qui dut être mémorable. Au fond, il y avait le poêle et son seau à charbon, une bouilloire posée en permanence à chauffer. On accédait à une chambre moderne qui fut la pièce à télé dans les années 60. Dans l'entrée, partait un escalier qui permettait l'accès aux deux chambres, celle des parents dotée d'un poêle verdâtre, qu'ils nous laissaient l'hiver, et qu'ils reprenaient l'été car elle était ensoleillée. Notre chambre, sombre et fraîche,  donnait sur le jardin, et comme nous étions couchés dès 20h, mon enfance estivale a longtemps été bercer par le chant des martinets qui tournaient dans le ciel du soir. 
Je pense que l'escalier de l'entrée se prolongeait vers les greniers et surtout la grande chambre où nous étions, les jours de pluie, autorisés à jouer avec les cartons qui y traînaient. Sous l'escalier, il y avait le cagibi, avec sa lessiveuse qu'il fallait sortir les jours de lavage, le garde-manger suspendu au plafond, et probablement tout un tas de merdiers dont je ne me souviens pas, hormis les peaux de lapins qui attendaient que le ramasseur de "peaux de lapins, peaux!" passe pour nous en débarrasser moyennant finances, je suppose. Je gardais une patte en porte-bonheur, celle qui avait servi à le suspendre au dessus de la bassine après qu'il ait été tué d'un solide coup de gourdin sur la nuque, énucléé puis dépiauté. (je vous passe les détails mais c'était fascinant à voir, j'allais dire plaisant....)
A l'extrémité du bâtiment, se trouvait la mairie où mon père officiait comme secrétaire et où, de tout temps, j'ai pu assister aux dépouillements lors des élections afin d'apprendre à voter. Je me souviens de voix d'hommes, de paysans parlant patois, habillés de noirs et de pantalons de velours amples, retenus par des bretelles cachées sous des petits gilets aux poches suintant la graisse, traces indélébiles des doigts à la recherche d'allumettes, ou de pièces,  d'odeurs de sueur et de tabac dans une atmosphère bleutée. La cérémonie du dépouillement était sacrée, empreinte de solennité et de recueillement. Jamais, je n'ai entendu la moindre manifestation de joie ou de déception, la commune votait De Gaulle, invariablement.

mercredi 21 mars 2012

Djamila Boupacha


Excellent téléfilm hier soir sur France 3 de Caroline Huppert sur Djamila Boupacha agent de liaison du FLN. Torturée par l'armée française, elle avoue la pose d'une bombe puis revient sur ses aveux. L'avocate obtient le renvoi de son procès, la réouverture de l'enquête et lui évite la guillotine. Les femmes y sont les héroïnes, pour une fois, et les hommes veules.... J'ai laissé ma fille regarder, elle s'est d'ailleurs étonnée, un moment de voir autant de femmes au premier plan! C'est à l'évidence un des grands mérites de ce téléfilm, montrer la place des femmes et le rôle très important qu'elles ont joué, rôle trop souvent passé sous silence.
Les actrices jouent sans pathos, Marina Hands, Hasia Herzi ou Dominique Raymond, les dialogues sont ciselés. 

Gisèle Halimi dont je ne saurais trop conseiller la lecture des livres, très grande dame, était ensuite l'invitée de Frédéric Taddéï dont le plateau ce soir-là était féminin.... Elle est allée jusqu'au bout des combats qu'elle a menés, c'est une très grande dame.

dimanche 18 mars 2012

Le chagrin de Lionel Duroy


Voilà près de six mois que j'avais acquis ce livre et il attendait au pied du lit que je veuille bien le lire. L'acheter en version poche ne me faisait pas vraiment prendre de risques, en effet je me méfie des best-sellers encensés par la critique comme celle Marie-Claire. J'avais vaguement vu il y a quelques années le film tiré de Priez pour nous, sans en garder beaucoup de  souvenirs si ce n'est la silhouette dégingandée de l'acteur principal, le fameux Toto.
La photographie de couverture m'a attirée, j'allais lire un enième livre sur les années 60.
Il est loin d'avoir la puissance et la qualité littéraire de ceux d'Annie Ernaux, cependant il reste intéressant jusqu'à la moitié. Après on s'ennuie ferme, avec le sentiment que l'auteur nous a livré son journal intime ou qu'on lui sert de psychanalyste, se complaisant à se demander à l'envi le pourquoi du comment, à analyser dix fois ce que lui écrit son frère, à tel point que je me suis demandée si quelqu'un n'avait pas déplacé mon marque-page. J'avoue avoir lu en diagonale sa vie d'adulte. 
Pour autant la première partie est remarquable, riche, bien écrite, on imagine sans peine le chagrin de ces enfants livrés à eux-mêmes, cette famille en galère, dont la mère refuse jusqu'au bout de voir le déclassement et de faire face. 
La description qu'il fait des objets qui marquent cette époque, comme le landau de la couverture poussé par la mère, est percutante, celle des lieux n'a aucune peine à nourrir notre imagination. 
Au final, un livre qui ne se lâche pas et montre à quel point notre enfance peut conditionner longtemps notre vie d'adulte! 

samedi 17 mars 2012

Alien


Je me suis attaquée au monstre végétal qui envahit la mare. En peignoir, après avoir pris un bain salvateur au retour du boulot, avec un croc (une espèce de fourche aux dents recourbées) j'attire à moi ces longues herbes bouclées comme des cheveux. Je fais super gaffe à ne pas percer le fond de la mare, et je dépose les paquets sur les cailloux. Je secoue le tout afin de faire tomber à l'eau les poissons qui se planquent dans la masse herbue. Je pense que je sacrifie probablement les oeufs de têtards mais je n'ai aucune envie de voir un matelas énorme tapisser le fond des bassins! 
Ces plantes fournissent tellement d'oxygène que mes nénuphars risquent de ne pas survivre, la flotte est trop claire pour favoriser l'éclosion des feuilles et des fleurs. 
Je me voyais de haut, zen, en train de ratisser, blanche au dessus du vert et du marronnasse, ou sur les bords d'un marais salant à traiter le sel, ou alors à nettoyer une piscine mais une piscine naturelle.
Je pourrais presque me baigner dans ma mare tellement elle est propre mais le fond m'inspire peu.... 
Et puis passer derrière les pigeons qui tombent dedans, des volatiles pleins de parasites, merci bien! 
Voilà donc les petites bonheurs d'une fin d'après midi tandis que le soleil est très haut encore dans le ciel, qu'il fait doux et que la mer doucement lave le sable en y déposant quelques grains de café de nacre. Il paraît qu'ils portent bonheur!
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