mercredi 10 novembre 2010

Potiche. Epatant!

Potiche est un film épatant de François Ozon! 



C'est une plongée dans la France des années 70 que nous permet François Ozon et on ne le regrette pas du tout... Même ma fille de 15 ans a aimé, bien qu'elle n'ait pas compris tous les dialogues  (elle est à mille lieues des subtilités politiques de l'époque).  Elle a eu un peu peur en arrivant car la grande salle réservée pour ce film par nos programmateurs préférés était quasi vide .... Mais elle s'est doucement remplie puisque la salle des Petits mouchoirs dont le bouche à oreille fait la promotion a refusé du monde! 

J'ai ri du début à la fin, les dialogues sont tout en finesse, d'une grande perspicacité, goguenards, historiquement authentiques. Fabrice Luchini est excellent en ignoble patron, en mari cavaleur,  d'un naturel inimaginable, Godrèche campe une magnifique gourdasse d'une beauté à se pâmer. On touche du doigt l'énorme sensibilité de Depardieu, sa graisse tremblotante (car il faut bien le dire, il est gros), sa beauté intérieure....
Deneuve est jubilatoire. On a l'impression d'entendre la Deneuve des parapluies de Cherbourg, dommage que le visage soit figé par les opérations, elle perd un tantinet en naturel, mais bon on ne va pas bouder son plaisir ...Surtout lorsqu'elle court sur le chemin forestier à petites foulées, j'ai senti qu'en tout point j'avais quelque chose de Catherine Deneuve (pour ne pas dire  tout)! 
Je recommande de prêter une  attention particulière aux objets du décor: les chemises col pelle à tarte  aux imprimés improbables, les noeuds-noeuds des robes marronnasses des actrices, le combiné du  téléphone recouvert de velours vert, le pantalon à pattes d'éph trop court sur les chaussures à bout pointu, la R16, les cheveux longs filasses des syndicalistes, la laque dont s'asperge Karin Viard, et surtout les magnifiques pulls moulants à cols roulés de Jérémie Régnier. 
C'est un film gentil et aujourd'hui ça fait sacrément du bien!

vendredi 5 novembre 2010

Lire le terrain avec lucidité

Lire le terrain avec lucidité et intelligence reste la revendication de deux excellents randonneurs qui ont partagé notre semaine à la montagne!

Un matin, nous avons décidé de rompre avec nos habitudes et de tenter l'ascension du sommet qui surplombe notre gîte. Nous l'avions fait il y a maintenant 12 ans alors que les enfants étaient petits. Marcel (paix à son âme) nous y avait emmenés afin de nous montrer le glacier où les porteurs de glace du patelin s'y alimentaient afin de livrer le casino et les nombreux hôtels qui avaient fait la réputation de la station! Les pauvres bougres revenaient chargés comme des mulets, portant sur leur dos,  des pains de près de vingt kilos  pour satisfaire les buveurs de pastis de la vallée, riches toulousains venus soigner leur maladie honteuse, (les eaux locales avaient la réputation de guérir  la syphilis). Karstique ou pour faire plus simple, truffé de trous, le mont conservait encore jusqu'à peu quelques lambeaux du glacier pourvoyeur de glaçons. Aujourd'hui il n'y a plus rien, hormis de l'eau croupie où fermentent des cadavres de moutons, pauvres bêtes noyées par le stress, incapables de s'extraire de la gangue nauséabonde afin de regagner l'air libre.
Arrivés de bon matin, nous n'avons guère pris le temps de chercher les repères qui marquaient l'entrée du chemin et c'est à la trash que nous sommes partis sur le versant. Au diable, les lacets paresseux d'une petite sente à mouton, nous avons opté pour la directissime. En clair on vise le sommet au prétexte que tous les chemins mènent à Rome et qu'on finira bien par croiser le vrai,  celui marqué par les balises, rouges et blanches, celui qu'on repère difficilement avec les cairns ou la simple pierre posée en évidence sur le rocher. 
La directissime fait la joie des aventuriers, on connaît ainsi  l'exaltation de l'essoufflement, les griffures des branches, les cris du type "ça y est, je suis sur le chemin" mais surtout les commentaires de nos deux schtroumpfs râleurs, dont un qui ne supporte pas l'inconnu en milieu hostile. Quand il ne fait pas demi-tour en nous envoyant paître, il rote et pète de stress puis arrivé au sommet n'en bouge plus et ne retrouve la joie de vivre qu'après avoir été dument nourri à la becquée. Cette année il a reçu le soutien de celui qui souhaite lire le terrain avec lucidité et intelligence!

mercredi 3 novembre 2010

Les vacances à la montagne


Après une semaine sans internet pour cause de vacances, je n'ai pas, d'emblée, consacré mon premier article de retour à évoquer mes activités dans les Pyrénées. J'hésite en fait à faire de la publicité pour cette magnifique région, ce trou du cul du monde qui n'a que les ours pour faire parler d'elle. Cette année encore nous avons sacrifié/sanctifié les vacances de Toussaint (en bonne enseignante qui bouffe du curé, je devrais dire vacances d'automne) à la semaine de villégiature dans notre village paumé.
Malgré une arrière saison estivale, il y avait encore moins de monde que les années passées, pas un chat sur les chemins de montagne. On a vu des traces de sangliers ayant foui les pâtures, croisé quelques chevaux, admiré les vautours qui planaient au dessus des sommets, en bande à la recherche de quelques carcasses mais point de randonneurs. Nous nous sommes baignés (enfin immergés) dans les lacs à 9°, nous avons grillé des saucisses, des côtes d'agneaux sur la grille et le bois acheminé sur nos sacs à dos.


Tous les jours, à notre retour nous avions droit au debriefing du boucher: "Avions-nous vu l'ours?" Il était très fier d'exhiber les photographies des empreintes du "fauve" qu'il avait pisté l'été. Depuis tout le village ne parlait plus que de ça! Nous avons donc appris que les grognements entendus en descendant dans la brume de notre lac préféré n'étaient en fait que ceux d'un chevreuil effrayé par nos bruits non celui de l'ours. Paniqué, le chevreuil se tétanise, reste caché derrière son rocher et produit à l'encontre des malotrus un aboiement agressif et mauvais. Point d'ours donc! De toute façon il est fort probable que la bête ait été tuée, les associations qui la pistent n'ont plus de nouvelles depuis la dernière battue aux sangliers!



Je sacrifie donc à l'expression neuneu, "que du bonheur! " (sauf pour l'ours). Que demander de plus?

mardi 2 novembre 2010

Merveilleuse Ariège


Un des grands plaisirs des vacances à la neige n'est pas de faire du ski. Ayant appris très tard ce sport de glisse, vers 20 ans, je ne suis pas très à l'aise. J'ai peur de la pente, j'ai peur d'aller trop vite, et maintenant, j'ai peur de me blesser et notamment de me bousiller un genou, de ne plus pouvoir courir. Ce serait vraiment ballot pour deux jours de glisse ne plus pouvoir galoper sur le chemin côtier!
Pourtant j'adore y aller en février car nous y faisons des randonnées. On ne s'encombre pas de raquettes, beaucoup trop lourdes à porter quand la neige a fondu en  vallée, et surtout quand un ou deux courageux font la trace à l'avant de la colonne! Il n'y a plus qu'à mettre ses pas dans les pas du compagnon de route!
Cette fois encore nous sommes montés à flanc de montagne pour les estives, le plus souvent dans les feuilles de l'automne. La neige arrive brutalement vers 1800m, lourde, humide, c'est une neige de printemps, déjà, aux grains qui se détachent et mouillent les croquenots en profondeur. 
Sur le plateau, le vent est froid, violent et le seul refuge est la cabane du berger préparée pour l'hiver par quelques afficionados qui savent que personne d'autres n'ira boire les deux ou trois bouteilles d'apéritif laissées pour les week-ends. Il y a la couche en bois et paille,  le stock de fagots et de bûchettes, tout ce qu'il faut pour griller les saucisses sans se brûler les doigts, il manque juste la moutarde! Faute! 
Les murs de notre modeste gîte ont été consolidés pour mieux passer l'hiver, les principaux trous ont été bouchés, laissant les petits faciliter la prise d'un feu de bois bienfaiteur, clair et vif, passé l'enfumage nécessaire et garanti. Rapporter des vêtements qui fleurent bon la fumée est la marque de fabrique de nos vacances à la montagne! Pour la nuit, il est préférable d'être équipé d'un très chaud sac de couchage car la température ne doit guère dépasser les 0° et il faut se protéger des insectes en tout genre qui profitent de la chaleur du feu pour se réveiller. 
La descente est sublime!
 
 

lundi 1 novembre 2010

Beau à la montagne

Que dire de plus que ce que j'ai pu écrire par le passé sur ces magnifiques montagnes d'Ariège? Pas grand chose, en tout cas je ne dirai rien qui puisse donner envie d'y aller. De toute façon il y a de moins en moins de monde hormis en août, on n'a pas vu âme qui vive pendant huit jours sur les sentiers et les sommets. Le temps fut splendide mais froid, un ciel immaculé et pur. Que demander de plus. "On était bien"!

La station est en chantier, les grues ont été enlevées après la tempête du 5 mai, c'est un peu la course en avant avec la construction d'une ignoble piste de luge d'hiver et d'été, derniers feux pour capter une clientèle qui a pris goût à la modernité en Espagne ou dans les Alpes et qui pour rien au monde ne viendrait faire la queue aux remontées mécaniques poussives, le plus souvent arrêtées par le vent, aux tire-fesse antédiluviens, aux pistes le plus souvent décapées de leur couche de neige dont les chutes sont chaque année de plus en plus  hypothétiques. Dans sa grande sagesse, le boucher nous a prévenu, "il n'y a pas eu de champignons, il n'y aura pas de neige!". On a donc réservé pour février les yeux fermés, à coup sûr, on pourra aller griller des saucisses et  d'excellentes côtes de mouton autour des lacs que nous aimons tant!

samedi 30 octobre 2010

Kiki de la tute

A l'âge de pierre, dans le Couserans, une tute est l'antre de l'ours des cavernes, une sorte d'abri sous roche. C'est aujourd'hui la résidence secondaire de la Kike.
L'appellation se mérite! La grotte dans laquelle on pénètre par une étroite infractuosité est surmontée par plusieurs centaines de tonnes de granit. On doit pouvoir y faire un feu de bois en position accroupie, l'usage des allumettes et du briquet est toléré mais absolument pas le réchaud, on doit tout pouvoir cuire sur les braises de hêtres aromatisées aux petits bois de rhododendrons ou de conifères. C'est un combustible chèrement gagné, ramassé à la limite de la forêt, arrimé au sac à dos déjà lourd à tel point que parfois l'on tangue sous le poids, sur l'étroit chemin qui grimpe vers la haute vallée."Putain, on n'est pas des gonzesses! " argumente la Kike en soupesant d'une main de professionnel le sac de chacun.
Une fois dans la tute, on en jouit avec bonheur, le portage est le prix de la chaleur et de la convivialité. Les capacités d'enfumage de la tute sont optimales, on sort de là, fumé comme un saumon ou mieux comme une andouille de Guéméné! La position debout n'est possible qu'en apnée et les yeux fermés.
La soirée ne serait rien sans la Kike, volubile, aux anges, ne tarissant pas d'éloges sur le confort cinq étoiles de la tute. Il n'a pas son pareil pour raconter ses aventures en Himalaya, taquiner les jeunes filles de la compagnie "comment tu ne fais pas la vaisselle et tu ne te prostitues pas pour payer tes études ? ben tu fais quoi alors ?"
L'aménagement est spartiate mais suffisant, un bas flanc garni de vrais matelas éculés accueille cinq corps dans le sens de la largeur et trois dans la sens de la longueur. Malheur à celui qui jouxte la porte (enfin l'entrée) de la caverne, il n'est pas à l'abri du petit vent de la nuit. Les parois reçoivent les divers ustensiles de cuisines, grilles, casseroles culottées, ou les réserves de sel, poivre, herbes, tout ce qui fait un bon festin!
Un ganesh qu'il est bon de prier afin de garantir le beau temps, veille sur les courageux montagnards venus y passer le week-end! Toutefois quelques munitions bienvenues contribuent à oublier le confort rustique: une soupe en sachet, les saucisses et côtelettes de chez Pistol (le meilleur agneau de la région), le moulis et surtout les cinq litres de rouge du cubi, la bouteille de blanquette de Limoux, dignement sabrée, les bières, le pastis, la poire et c'est en alcoolique que l'on goûte au sommeil dès 9h du soir car les libations ont bien souvent commencé vers 16h lorsque le jour, cette fin octobre, se fait ténu ... Les isards n'ont aucune crainte à avoir, les corps avinés n'en peuvent plus, le renard seul profite des os balancés dans l'herbe. La nuit on les entend craquer sous leur puissante mâchoire.
Le fin du fin est de se lever à trois heures du matin, de contempler un ciel étoilé par -3° sans nuage puis de se glisser dans le sac de couchage en duvet d'oie. C'est aussi au petit jour, découvrir la Kike en position d'observation des isards, les jumelles vissées sur les yeux, tourné vers les sommets.
La journée est riche, on explore généralement la vallée dans ce qu'elle a de plus sauvage, on franchit des cols, on se baigne pour tenter de laver la fumée dans les torrents glacés, on se chauffe sur l'herbe et surtout on mange et on boit ce qui a survécu de la veille, avant le café et la sieste! La Kike est torse nu, le bob vissé sur la tête, il profite!
C'est à la nuit noire qu'on rentre au village, bienheureux!
J'ai souvent une pensée émue pour ceux d'autrefois qui arpentaient la vallée pour ramener d'Espagne, les fromages ou les jambons, pieds nus le plus souvent pour ne pas abîmer leurs sabots, 20 km et 2000 m de dénivelé cumulé, au bas mot ...

samedi 9 octobre 2010

Rome, le retour


C'est la troisième fois que je vais à Rome et ce n'est probablement pas la dernière. Je connais maintenant des Romains, des vrais et j'ai même fait deux soirées chez eux, dont une mémorable! Dieu merci, l'essentiel du repas s'est déroulé exclusivement en anglais et j'ai pu mesurer à quel point j'avais progressé dans la langue de Shakespeare! 
Alors donc nous avions rendez-vous à la sortie d'une station de métro au milieu de nulle part (quartier animé loin, loin du centre mais proche de  Cinecittà). De là, des âmes charitables nous ont transférés vers la maison de notre hôtesse. J'ai vaguement reconnu le quartier pour y avoir été au premier  de l'an lors de notre mémorable recherche de la voie Appia Antica. Parmi une forêt d'immeubles cossus, aux rues étroites et encombrées de voitures, K. nous a ouvert son vaste jardin et les portes de sa maison de plain-pied! "Tiens donc, me suis-je dit, autant d'espace dans un quartier aussi densément bâti, comment est-ce possible quand on n'est pas riche à en crever?" K, professeur de langue, m'en bouchait un coin! 
Nous avons très vite compris lorsque qu'un train de banlieue lancé à grande vitesse est passé quasiment au dessus de nos têtes ébranlant le sol, les murs et couvrant le son de nos voix. En fait, ce n'est pas un mais des trains tous les quarts d'heure (au bas mot)  qui longeaient le quartier tout entier! A devenir fou. Il paraît d'ailleurs que Giuseppe est insomniaque!!! L'été il met  son lit dans le jardin afin de ne pas réveiller sa femme qui dort du sommeil du juste. Il profite ainsi  du ciel étoilé,  puisque tant qu'à se pourrir la vie, pourquoi ne pas  savourer les quelques petits bonheurs que lui offre cette magnifique situation?
Nous avons commencé le repas par des pâtes oubliant la tradition italienne (1), des pâtes au saumon à la crème et aux petits pois, des pâtes aux légumes et des pâtes à la tomate sur lesquelles on ne met pas de parmesan! (Crime de lèse-majesté). La taille des gamelles, immenses,  incitait les convives à  se servir copieusement. Nous étions gavés lorsque nous avons  appris qu'un barbecue était en préparation. Le charbon de bois ayant du mal à prendre,  c'est au compresseur que T. a soufflé sur les braises. C'est donc entre passage des trains, bruit du compresseur, aboiement  des deux  chiens effrayés par les invités,  braillage italien en anglais que la soirée s'est déroulée. Coup de bol, il n'y avait pas de musique!
Notre hôtesse nous a servi  dix beefsteaks, un chapelet de saucisses, un poulet et deux énormes salades, nous avons terminé par deux morceaux de gâteaux obligatoires, un excellent  à l'orange et  un étouffe chrétien. Giuseppe a sorti toutes ses liqueurs afin de clôturer dignement la soirée et nous avons  pu tester le cordial offert par les Tchèques! On se serait cru dans un film italien et c'est littéralement béate que je jouissais de la soirée.
Ah, ces Italiens, y a pas à dire, ils savent vivre!
Z., par politesse,  a mangé de tout, je voyais bien qu'elle était au bord de l'apoplexie, elle dodelinait de la tête mais elle ne pouvait tout refuser sans offenser.  D'autres ne se sont pas fait prier! Une des invitées, après les plâtrées de pâtes,  n'a cessé d'enfourner les morceaux de viande avec du pain grillé,  tout en égayant grandement la soirée et en picorant  les biscuits apéritifs et les cacahuètes salées entre chaque plat.  Je ne sais pas où elle a mis tout ce qu'elle a ingurgité, mais je lui tire mon chapeau. 
Peut-être a-t-elle tout vomi ensuite?
(1) Note pour moi-même, les pâtes en Italie se servent en entrée.... ne pas se gaver!
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